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Focus VIP : « Zetwal an nou », Florence Naprix, interview intimiste d’une artiste Otantik

C’est d’abord sur les touches d’un piano que Florence Naprix s’initie à la musique dès l’âge de 8 ans. Elle apprend le solfège et le chant dans la prestigieuse école Armand Siobud à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, sa terre d’origine et de coeur. Sous la plume d’Isabelle Félicité, l’artiste Florence Naprix s’est livrée dans une Interview intimiste…

Dotée d’un sens inné de la musique, pour Florence, plus qu’un rêve, c’est une vocation qui naît. Tradition, ouverture, partage : même combat pour la jeune mélomane qui fait ses premières armes avec le chant choral et parcourt la Guadeloupe avec le Caribbean Children’s Choir.

RENCONTRE

Florence Naprix, en te remerciant pour cette interview, peux tu déjà nous présenter ton parcours musical ?

Bonjour Izzy ! Il faut dire que j’ai rencontré la musique en deux temps. J’écoutais les albums de jazz de mon père, principalement envoûtée par les voix et les émotions de Sarah Vaughan et Ella Fitzgerald. Et en parallèle, je prenais des cours de piano classique. Pendant les années que j’ai passées à l’école de musique Armand Siobud à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, j’ai fait du chant choral et rencontré nombre d’amis musiciens que j’ai eu plaisir à retrouver dans le métier par la suite. Ce qui me plaisait par-dessus tout, c’était le partage sur scène…

Ce passe-temps, qui était de chanter, je l’ai entretenu pendant mes études en lettres à Lyon (avec le groupe Panach) puis en langues à Paris. J’ai fait entre autre la rencontre de Willy Salzédo, qui m’a amenée à donner mes premières prestations en tant que professionnelle. En 2009, j’ai entamé l’écriture d’un premier album, Fann Kann, réalisé par Stéphane Castry. Il est sorti en 2012 et je suis contente de pouvoir encore le défendre sur scène : la musique ne vieillit pas. Depuis, je multiplie les expériences scéniques, en tant que chanteuse lead, choriste et comédienne un peu partout en France hexagonale et en outre-mer.

Je donne également des cours de chant ; je suis un cursus de DEM (études de musique) et suis sur le point de devenir entrepreneure, dans l’espoir de contribuer à faire rayonner la musique caribéenne au-delà des frontières (et celles de nos esprits d’abord).

L’on cantonne encore aujourd’hui beaucoup d’artistes Antillais dans les « cases » zouk, reggae, dancehall. Ton style est à part, comment en es-tu arrivée à ce mix d’influences musicales variées?

Je ne l’ai pas cherché. Comme une évidence, ma musique devait me refléter, moi et ma complexité. Alors forcément, on y retrouve, à différents niveaux, tout ce que j’aime : ce jazz qui m’a nourrie dès le début, le zouk des années 80-90 que j’ai redécouvert et chéri pendant mes années loin de la Guadeloupe, la biguine dans laquelle j’ai plongé bien après et le gwoka auquel je me suis initiée dès mes premiers mois à Paris. Paradoxalement (ou non…), c’est mon éloignement de la Guadeloupe qui m’a incitée à activer de nombreux aspects culturels dont je ne croyais pourtant pas manquer avant mon départ…

Il ne faut pas non plus négliger la patte de Stéphane Castry sur cet album Fann Kann. Un Guadeloupéen, un Caribéen, qui a joué dans le monde entier, avec des artistes d’horizons très divers, qui a lui aussi un riche panel d’influences dont j’ai eu le plaisir et l’honneur de bénéficier. Je continue à explorer des univers variés en espérant m’en nourrir et grandir encore et encore. C’est un chance que m’offre mon métier : j’en profite allègrement !

Tes chansons parlent beaucoup d’espoir et de positivité. Est-ce un message important que tu tiens à tout prix à véhiculer ?

Indéniablement. La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Les occasions de baisser les bras, de s’allonger par terre en attendant tranquillement la mort sont nombreuses. Tellement, qu’on en oublie toutes les bonnes raisons d’être en vie et d’aimer ça ! Mes chansons parlent d’amour, pour l’autre et pour soi, elles rappellent la beauté de la Guadeloupe, la force du (des) créole(s), elles parlent aussi de souffrances, parce que c’est indissociable de la vie.

Elles parlent de moi dans ce que j’ai – je crois – d’universel : en dépit de nos différences, nous nous ressemblons tellement que nous pouvons trouver des ponts et parvenir à communiquer. Avec un minimum de volonté.

Ton dernier album, Fann Kann, est sorti il y a quelque temps. Quelle est ton actualité artistique? As-tu des projets en cours ?

Ma tête fourmille d’idées en ce moment ! L’écriture d’un 2ème album est en cours depuis quelques temps déjà. J’attends que toutes les conditions soient réunies pour concrétiser ce projet. Je parlais plus haut d’entreprendre : je me suis lancée dans la création d’une entreprise qui devrait amener les musiques créoles à se faire entendre autrement. Le temps de tout ficeler, et pareil, on balance !

Je m’intéresse énormément au patrimoine culturel de la Guadeloupe et au-delà, des Antilles. Quelque chose devrait en sortir également. Et enfin, il faut que je termine mon année de formation (DEM) en beauté. Tout cela demande du temps et beaucoup de travail mais je ferai en sorte que tout ces projets voient le jour le moment venu. Je m’essaie même au cinéma, tiens ! Et puis, je me produis très régulièrement sur scène. Entre les prestations en elles-mêmes et la préparation que cela demande, il faut parvenir à faire un peu de place pour tout le reste.

Le paysage musical français semble de plus en plus ouvert aux artistes créolophones. Est-ce important pour toi de maintenir une place pour le Créole ?

Je ne trouve pas que le paysage français nous accueille tant que cela… Au contraire, il me semble qu’à une certaine époque, nos artistes étaient bien plus visibles et qu’aujourd’hui, proposer un spectacle contenant les mots « Antilles » et « créole », c’est prendre le risque de se faire claquer la porte au nez sauf à quelques rares endroits.

Il est indispensable non seulement de maintenir et de consolider la place des Créoles en France hexagonale mais surtout, de l’imposer comme partie intégrante de la culture française. Non comme une richesse venue de l’extérieur. Cela devrait nous faciliter la vie culturelle et artistique.

As-tu un conseil pour les jeunes artistes qui débutent dans la musique ?

Je crois que trois choses comptent plus que tout : Audace, Foi,Travail. Il faut oser. Oser se lancer. Oser suivre une idée, si folle qu’elle puisse sembler. Oser se vautrer. Oser repartir et se réaliser. Et ce, encore et encore. Il faut être confiant et ne surtout pas se laisser démonter par les échecs (il y a toujours quelque chose de fondamental à en tirer) et les déceptions.

Je crois dans les vertus d’un produit de qualité. Je sais que c’est de moins en moins ce qui est mis en avant. Que la qualité d’un son, d’un arrangement, d’un texte, ne garantissent pas un nombre de vues illimité sur YouTube. Mais je reste convaincue que la qualité est appréciée d’un public fidèle et qu’il mérite amplement, ce public, qu’on le soigne et qu’on le respecte.

Y a t-il une question que tu aurais aimé que je te pose ?

Ce que je pense des produits de Lafabrikawax, par exemple ? Je suis ravie de notre collaboration non seulement parce que j’ai découvert des bijoux sublimes et originaux mais surtout parce que la jeune femme qui les imagine et les fabrique est exactement de la trempe de celles qui me donnent de l’espoir ! Celles qui osent, qui, à défaut de les briser, déplacent les barrières (et des montagnes) et qui inspirent nombre de personnes, leur permettant de se réaliser à leur tour.

A tous et à toutes, je souhaite que 2018 soit une année de réalisations, grandes et petites. Elles sont toutes importantes. A bientôt…

Pa lagé, fo kimbé ( ne pas lâcher, tenir bon) !

 

Interview réalisé par Isabelle Félicité

 

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Ralf Touomi

Originaire du Cameroun, j'ai fait la rencontre et découverte des Antilles par la Martinique en 2012 dont je suis tombé amoureux. De là, naquit ma mission de créer un média Afro qui ferait cette passerelle entre l'Afrique, ses Diasporas et les Outre-mer. Kamita Magazine c'est donc ma vision d'un journalisme engagé pour la valorisation de l'Afrique et des Afrodescendants quels que soient leur lieu de résidence.

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