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Focus VIP : Willy Zogo, graine de star, l’étoile camerounaise qui illumine le cinéma asiatique

De nationalité Camerounaise, il vit à Bangkok, en Thaïlande. Acteur de profession depuis presque 10 ans déjà et aussi préparant son diplôme MBA, Willy Zogo est couronné en jouant aux côtés de Jason Statham dans son dernier film « Mechanics ».

Kamitamag porte un intérêt particulier aux Talents Afrodescendants quels que soient leurs domaines de compétence et leur degré de popularité. Aujourd’hui nous dirigeons nos projecteurs sur l’un des plus grands Talents du Cinéma Thaïlandais. Willy Zogo a quitté son pays natal le Cameroun il y a bientôt 10 ans. De parfait inconnu à son arrivé en Thaïlande, une décennie plus tard il fait partie des Stars du Cinéma du Royaume. Il a eu le privilège de côtoyer les plus grandes célébrités du Cinéma international dont le français Daniel Auteuil entre autres. Mais sa plus grande fierté est d’avoir joué récemment aux côtés de Jessica Alba et Jason Statham dans le film à succès « Mechanic ».

RENCONTRE 

Willy Zogo, aux côtés de la Star du Cinéma américain, Jason Statham

Willy Zogo, vous avez joué aux côtés de l’un des plus illustres acteurs d’arts martiaux de Hollywood, Jason Statham, dans le film « Mechanic ». Racontez-nous les détails qui vous ont vu faire partie de ce casting privilégié ?

Ah oui ! Je m’en souviens encore comme si c etait hier. Au mois d’avril 2014, alors que je revenais de la Birmanie où j étais allé jouer un film, j’ai été contacté par P non qui est le plus célèbre directeur de casting en Thaïlande ; c’est elle qui a fait le casting de la plupart des grands films hollywoodiens tournés ici.

Elle me dit : « Willy, j’aimerais que tu viennes à l’audition pour un film qui va se tourner à partir de fin juillet ». Je lui ai dit d’accord et m’y suis donc rendu. Je ne savais pas au départ que c’était pour le film « Mechanic ». C’est à la fin du casting qu’un ami à moi qui lui aussi a fait beaucoup de film de Hollywood, comme « only god forgives », m’apprend la grande nouvelle. J’étais tellement excité.

En fait, j’avais fait l’audition pour être Krill, le Boss de la prison. Mais après, ils ont dit qu’il fallait plutôt un mec de la cinquantaine et c’est comme ca qu’ils m ont proposé d’être un des bodyguards. Ce que j’ai accepté. C’était là pour moi un moment de grande fierté parce qu’ il y avait plus de 700 personnes qui ont fait cette audition. Le casting avait pris plus de 2 mois. Et le fait de savoir que je ferai parti d’un projet pareil m’a donné sincèrement beaucoup de joie.

La Thaïlande, ça fera bientôt 10 ans que vous y vivez. Qu’est-ce qui vous a convaincu de rejoindre ce pays qui est devenu aujourd’hui votre Eldorado ?

Tout d’abord, il faut dire que je n’étais pas censé être ici. Encore au Cameroun à Douala, j’attendais mon i20 pour l’obtention d’une bourse scolaire et sportive aux USA. Comme j’étais las d’attendre (rires…), un ami qui était aux Philippines m’a fait la proposition de l’y retrouver car là-bas, ils avaient aussi un programme de bourse d’études.

À cette époque, il n’y avait que le basket dans ma tête. Alors j’ai eu le visa pour la Thaïlande. De là, je pouvais continuer aux Philippines par la suite. Mais quand je suis arrivé ici, je suis tombé amoureux de ce beau pays et depuis je n’en suis plus reparti. Je me suis battu et j’ai finalement pu jouer au basket, puis j’ai obtenu la bourse qui m’a permis de poursuivre mes études. Quand je repense à ces débuts, je me dis qu’elle est vraiment bizarre la vie. Si on m’avait dit, dix ans plutôt, où j’en serai ici aujourd’hui, je n’y aurai jamais cru.

Je préfère les personnages de Bad Boy, mais jouer un rôle comique fut l’une de mes plus riches expériences

 Nous avons évoqué précédemment la Thaïlande comme étant votre Eldorado car il faut bien le dire, depuis quelques années Willy Zogo est devenu au fil du temps l’une des Stars du cinéma Thaïlandais. Les détails de votre parcours à l’écran…

En juillet 2007, à tout juste un mois de mon arrivée à Bangkok, j’accompagne un ami à une audition. C’est ainsi qu’un agent me voit et me demande s’il peut me prendre en photo et me présenter lorsqu’il y a des auditions. J’ai répondu par l’affirmative ; c’est comme ça que deux semaines après, mon téléphone sonne et cet homme m’annonce qu’il a une audition pour moi.

Je m’y suis rendu. Quatre jours plus tars, j’ai reçu un autre coup de fil où l’on me disait d’aller au call back. Le call back c’est lorsqu’il y a eu une premiere sélection et que le directeur va faire une autre sélection. Alors, j’y vais. Je rencontre le réalisateur. On discute. Il me dit par la suite qu’il a aimé mon sourire dans la vidéo, et que c’est moi qui vais avoir le rôle. Jusqu’à ce moment, je ne savais pas encore qu’il s’agissait de « Alice ADSL ». Une publicité que j’ai longtemps regardé quand j’étais encore au Cameroun. C’est le jour du tournage que j’ai tout compris. J’étais si content que quand je suis rentré, j’ai vite appelé ma mère et ma soeur pour le leur dire.

J’ai reçu beaucoup d’appréciations du réalisateur qui me disait que j’étais vrai à la camera et qu’il était difficile à croire que c’était la première fois que je fasse ce job. Ces mots m’ont fortement motivé et je me suis dit : « peut-être bien que je suis fait pour ça ». J’ai donc commencé à faire plus de castings. Mais ce n’était pas facile. Aux débuts, je n’avais que des jobs de figurants. Jusqu’en 2008 au mois de mai où je vais à une audition pour un film Americano-russe avec Michael madsen, Rutger Hauer, que des stars de hollywood et surtout Fedor Emelianenko, 4 fois champion du monde de MMA.

On était plus de 1000 personnes à cette audition. Certains venaient trouver du monde et rentraient bredouilles. Même les ami avec lesquels j’étais venu n’ont pas pu attendre. Ils sont rentrés, moi je suis resté. Il faut savoir sur cette anecdote que tout comme mon père, je suis teigneux de nature. Il m’a toujours dit que la patience est la plus grande des vertus. Alors j’ai attendu.

Au casting, on voulait juste cinq personnes pour ce film-là. Quand je suis entré, nous étions 7 à avoir été choisis. Il nous avait été demandé de faire une scène de bar. Dès que le directeur de casting nous a expliqué les détails, j’ai juste été moi. J’étais vrai. C’est comme cela que j’ai été retenu. Et c’est ce film-là qui a lancé ma carrière. C’était mon tout premier film avec script.

De parfait inconnu dans votre pays d’origine, à Star incontestable en Thaïlande. Comment vivez-vous ce contraste ?

Quel contraste ? Personnellement, je ne me suis jamais considéré comme une Star. Je suis toujours resté la même personne. Un proverbe Africain dit que l’humilité précède la gloire ; alors je préfère rester humble, jouer les fous et faire rire les potes. La vie est belle de cette façon et je ne veux même pas que les gens me regardent autrement que le Willy Zogo que je suis.

Quand on regarde votre parcours, un nom nous vient en tête : Djimon Hounsou. Est-ce un rêve inaccessible d’imaginer un jour le côtoyer ? Pourquoi pas à Hollywood…

C’est quelqu’un que j’admire énormément car venir de loin et arriver jusqu’où il est, alors je dis chapeau. Il était ici il y a quelques années ; il avait fait un film aux côtés de Kevin Bacon « The white elephant ». Dommage que je n’ai pas eu l’opportunité de le rencontrer.

Est-ce un rêve d’imagine un jour le croiser à Hollywood ? Ce n’est pas impossible. L’expérience de la vie m’a fait comprendre que tout est possible. Si je me suis retrouvé à travailler aujourd’hui avec des personnes que je regardais à la télévision il y a encore dix ans en arrière, des personnes que je croyais inaccessibles, alors qui sait ? Peut-être que l’occasion de le rencontrer dans l’un de mes futurs projets arrivera bien un jour.

En général dans vos films vous jouez le personnage du « Bad Boy ». Avez-vous un jour eu le rôle de Gentil ? Et s’il fallait analyser chaque facette de ces deux personages ?

Dans tous les films que j’ai eu à faire, deux fois seulement j’ai joué le personnage d’un mec pas vilain du tout. C’est le cas du film « Les naufragés », avec Daniel Auteuil. J’y joue le personnage d’un garçon d’hôtel. J’avoue tout de même m’être habitué à jouer les bad boys. Je m’y sens plus à l’aise. Pour un acteur, la confiance en soi, la routine et l’experience du rôle te rendent forcément meilleur.

Cependant, avec ce film aux côtés de Daniel Auteuil, c’était quelque chose de différent. Ce n’était pas un film d’action mais plutôt de comédie. J’ai accepté ce nouveau rôle surtout pour me challenger, et voir si je pouvais être bon dans un autre registre que celui du « méchant ».  Car au même moment, j’avais une proposition pour un film anglais. Je devais pour cela me rendre en Malaisie.

Dans ce film, je devais jouer le personnage d’un ancien boxeur qui a été champion du monde. C’etait encore un film d’action, raison pour laquelle j’ai choisi la comédie. Et le directeur du film, une fois encore, m’a beaucoup apprécié pendant le tournage. Ce qui m’a donné davantage de motivations.

Il m’a avoué quelque chose qui m’a particulièrement boosté : « Je vais te dire un truc que je dis rarement aux gens, Willy. Je ne suis pas très réputé pour donner des appréciations, mais toi, t’es un bon. Je le sens bien. Continues comme ça ». Je me suis remis au boulot. J’ai du faire plusieurs répétitions en solo pour me mettre dans la peau du « comique ». Ce rôle, c’était le plus grand challenge de ma carrière. Je suis ravi de voir qu’il y a beaucoup de gens qui ont aimé.

Une date : 24 novembre 2013…le tournant de toute une vie !

Que pourriez-vous dire à la Diaspora Africaine et celle camerounaise en particulier de Thaïlande ?

À mes frères et soeurs d’Afrique et du Cameroun en particulier, je voudrais en toute humilité rappeler que la réussite vient dans la persévérance et l’endurance. Il faut qu’on bosse davantage, encore plus quand on est africain et qu’on veut se faire connaitre. On doit être capable de faire deux fois mieux que les populations du pays d’accueil.

Il faudrait que l’on apprenne aussi à devenir des entrepreneurs et non chercher toujours à travailler pour quelqu’un. Travailler pour essayer de tordre le cou à certains stéréotypes qui ont amené Donal Trump par exemple à déclarer que l’Africain est paresseux.

Je me rappelle mon père qui a fait toutes ses études en France, il nous le disait parfois mais on ne le croyait pas. Aujourd’hui je le vis. Il faut avouer que beaucoup de nos compatriotes ne donnent pas le bon exemple. On aime la vie facile. Le camerounais a une mauvaise réputation qui le poursuit et qu’il faut effacer. La réputation d’un homme qui peut s’asseoir du matin au soir à boire dans les bars, pendant une semaine, et à attendre que la manne de Dieu lui tombe du ciel. Pourtant, les Asiatiques ou les Occidentaux ont compris que pour obtenir ce que l’on souhaite, il faut le mériter.

Il faut croire en ses capacités, avoir la volonté et la rage de réussir, ne jamais baisser les bras car la vraie réussite n’est jamais facile à obtenir. Lorsqu’elle l’est, il faut se méfier.

On ne peut évoquer votre carrière en pleine croissance sans évoquer cette date : 24 novembre 2013, où votre fils, Tiger, vous a quitté victime d’un cancer. Qu’aimeriez-vous lui dire aujourd’hui ?

J’aimerais lui dire qu’il a été, est et restera une source d’inspiration pour moi car je l’ai vu se battre pendant 6 mois malgré les douleurs et les peines qu’il avait. Je le voyais faire des blagues et continuer d’être lui, pendant tout ce temps-là. C’était magique !

Ma plus belle image que je garde de lui c’est après sa toute première opération. Les médecins ont dit qu’il devait rester cinq jours sans boire ou manger. Mais que s’il arrivait à marcher avant ces cinq jours, alors on pouvait commencer à lui donner de la nourriture.

Je l’ai vu crier de famine, mais on ne pouvait pas lui donner à manger et à boire. alors ce qu’il a fait c’était d’essayer de marcher. Je me rappelle ses paroles : « papa aide moi à me lever. Je vais marcher ». C’était juste après 3 jours. Je l’ai aidé à se lever, il a essayé de marcher ; il avait mal. Je lui ai dit que s’il a mal, il peut arrêter. Sa réponse fut claire : non, je vais le faire ! Au bout d un moment, après souffrances et douleurs, il a marché. J’étais très fier de lui. Après cela, il m’a rappelé sa promesse : « je t’ai bien dit que je pouvais le faire ».

Je n’ai pas eu l’occasion de lui dire à quel point je l’aimais et à quel point j’étais fier de lui. J’aimerais m’excuser et qu’il me pardonne pour ça. Et aussi pour toutes les fois où je n’ai pas pu être à ses côtés, les anniversaires manqués, et les jours où il ne voulait pas que je rentre sur Bangkok. Je devais rentrer parce qu’il fallait que j’aille moi aussi à l école. J’espère aujourd’hui qu’il a la paix là où il est, et que toutes les douleurs sont finies.

Ce que je voudrai lui dire pour terminer : je t’aimerai toute ma vie, et tu resteras éternellement gravé dans ma mémoire, Tiger.

Nous vous suivons sur Facebook où l’on vous voit assez souvent avec le sourire. Comment réussit-on le miracle de propager autant de Bonheur autour de soi quand on a vécu il n’y a pas si longtemps la perte d’un enfant aussi jeune ?

Hônnêtement, je ne sais pas. Il y a un ami qui m’a un jour demandé comment j’ai pu survivre à quelque chose comme ça, et  que je sois toujours le premier à mettre de la bonne humeur, faire des blagues, etc. Je lui ai répondu ne savoir strictement pas comment cela se fait. Je crois par ailleurs que c’est Dieu qui m’a donné la force, une force que je ne saurai expliquer. Disons simplement je suis moi, de nature blagueur et ambianceur. Mon fils Tiger était pareil ; même étant à l hôpital il passait son temps à nous faire rire.

Son grand-père, mon père était également de la même trempe. Jusqu’à sa mort sur le lit d’hôpital, je me souviens qu’il nous racontait des blagues. C’est pour ça qu’on n’avait mêe pas vu sa mort venir. Pour Tiger, à un moment donné je me suis dit que c’était mieux ainsi. Sa mort à la fin était même un apaisement. De son vivant, il a vécu tellement de douleurs atroces. Je ne sais même pas où il puisait sa force pour les supporter. Il y avait des nuits où seulement l’entendre hurler ou respirer me donnait envie de me tuer. Mais il fallait être fort pour lu… Il ne fallait pas qu’ il nous voit mal. On devait toujours paraitre heureux, pour que lui même soit heureux.

Pour finir, un dernier mot à l’attention de nos lecteurs et lectrices Kamitamag ?

Je tiens à remercier la Rédaction Kamitamag de m’avoir donné l’occasion de pouvoir m’exprimer sur ma carrière croissante. Je tiens aussi à féliciter vos nombreux lecteurs et lectrices, et surtout les encourager dans chacune de leurs entreprises. L’Afrique a besoin de personnes comme vous pour avancer.

Remerciements spéciaux au Fondateur du Média Kamita dont je suis les oeuvres particulièrement. Je suis très impressionné par ce qu’il fait et j espère qu’un jour il gagnera la reconnaissance pour ce magnifique travail qu’il accomplit. « What doesn’t kill you make you stronger », dit le proverbe anglais. En d’autres termes, ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Je souhaiterai finir avec ma citation préférée :

Ne pas avoir peur d’essayer. Ne pas avoir peur de tomber ou d’échouer, car l’échec nous rend plus plus fort et plus malin

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