Kamita Magazine

Focus VIP : Olivier Madiba, « Kiroo Rebuntu, les prémices d’une Finance renouvelable »

Il compte désormais parmi les personnes les plus influentes de la jeunesse camerounaise. Son dernier projet brûlant, Kiroo Rebuntu, est largement explicité dans l’article. Visionnaire et travailleur exigeant, pionnier du Game 100% camerounais, Guillaume Olivier Madiba est l’invité prestige de notre rubrique Focus VIP.

De nationalité camerounaise et résidant dans la ville de Yaoundé, Guillaume Olivier Madiba est le C.E.O de Kiro’o Games, le premier studio de jeu video professionnel basé au Cameroun. Aimant la lecture et les jeux vidéos, sa couleur préférée est le kaki. S’il fallait décrire en peu de mots le personnage atypique, c’est quelqu’un de très ambitieux et hyper déterminé. Mais l’imperfection étant le propre de l’être humain, son principal défaut est selon ses propres termes : « je m’énerve quand je ne suis pas vite compris, lorsque j’ai la sensation d’avoir tout expliqué simplement ».

RENCONTRE

Olivier Madiba, pour ceux qui aujourd’hui encore ignoreraient Kiroo Games, comment pouvez-vous vous présenter et présenter également ce projet lancé en 2003 ? 

Aîné d’une fratrie de 3 enfants, je suis né le 10 octobre 1985 à Douala. J’ai passé l’école primaire à Yaoundé au Centre éducatif, ensuite à Douala où j’ai fait mon secondaire dans les collèges, Libermann, Alfred Saker et le Lycée Joss. J’ai obtenu mon Baccalauréat scientifique en 2002 à 17 ans et je me suis redirigé vers Yaoundé à l’université où j’ai donc découvert la « résistance » (rires). J’ai obtenu ma licence en 2009 en informatique et j’ai ouvert entre temps en 2007 une entreprise, MADIA, avec des copains de fac. En effet, le projet a été lancé en 2003 lors de ma première année universitaire.

Passionné de jeu vidéo j’ai voulu créer mon propre jeu vidéo amateur et croyez moi ce ne fut pas de tout repos. Malgré nos dures réalités, j’ai appris avec mes compagnons de route à créer des jeux vidéos autodidactes de 2003 à 2005 ; c’est ainsi qu’est née la première version d’Aurion. A ce moment là, je me suis dit qu’il me fallait absolument ouvrir un studio de jeu vidéo professionnel « Made In Cameroon ». Personne ne croyait en notre projet et aucune banque ni fonds d’investissement n’a voulu financer ledit projet. En 2013, nous avons réussi avec notre propre méthode à lever des fonds à hauteur de 130 millions de francs CFA auprès de plusieurs investisseurs étrangers . C’est ainsi que nous avons pu ouvrir notre studio. Dès lors, la prochaine étape était de créer un « african fantasy » digne de ce nom, d’où la naissance de la version améliorée d’Aurion. De 2014 à 2016, mon équipe et moi avions travaillé avec acharnement pour produire le tout premier jeu vidéo Camerounais mondialement reconnu.

Aurion : l’Héritage des Kori-odan est un jeu d’action basé sur l’histoire du couple royale de zama. Brièvement, Enzo Kori-Odan, prince de Zama subit un coup d’état de son beau frère le jour de son couronnement et de son mariage avec Erine Evou. Le couple royal est alors exilé et décide de parcourir le monde en quête de soutien. Ils devront notamment réunir l’héritage guerrier d’Enzo pour retrouver leur trône. Au delà de retrouver leur places, le couple royal déchu se rendra surtout compte des dilemmes géopolitiques et existentiels de leur rôle de Roi et Reine. Il leur faudra trouver leurs réponses pour assurer la destinée de Zama.

A Kiroo, l’équipe est davantage considérée comme une famille (on a tellement vécu de bons et difficiles moments ensemble) ce sont les efforts combinés de toute la team qui ont fait du studio ce qu’il est aujourd’hui. C’est parce que nous avons fédéré nos aspirations que nous avons pu créer Aurion qui aujourd’hui a une renommée mondiale. Chaque membre de l’équipe, qu’il soit dessinateur, programmeur, ou le staff administratif, constitue chacun la partie d’un tout.

L’un des enjeux futurs du continent serait de parvenir à une économie plus dynamique, pas seulement avec du soutien philosophique, mais surtout aussi par de vraies injections de fonds.

Récemment vous avez lancé un nouveau projet qui a suscité rapidement l’émulation : Kiroo Rebuntu. Concrètement, de quoi s’agit-il ? Et pourquoi avoir voulu le mettre sur pied ?

Kiroo Rebuntu est un service de mentoring digital pour apprendre à lever des fonds. De 2013 à 2015 nous avons levé 130 millions de FCFA chez plusieurs investisseurs internationaux en inventant notre méthode de levée de fonds. C’est pourquoi nous voulons mentorer 10 000 autres porteurs de projet en Afrique en partageant toute notre expérience du terrain accumulée depuis plus de 13 ans.

Nous avons commencé avec les mêmes blocages que tout le monde. Nous allons nous assurer que les prochaines startups africaines qui émergent ne soient pas le fruit du hasard. Mais surtout, en nous unissant, nous allons créer le chaînon manquant de l’économie africaine. Dites-vous que vous voyez les prémices de la « Finance Renouvelable » que l’Afrique va enseigner au monde sur les prochains décennies.

Il faut dire que vous faites partie d’une génération nouvelle de Camerounais qui prônent un branding réel « Made In Cameroon ». Quel regard portez-vous sur l’initiative entrepreneuriale en Afrique et au Cameroun en particulier ?

Je vois un potentiel énorme. Mais je vois aussi un « Rendez-vous » avec l’histoire que notre génération ne doit pas manquer. Nous devons comprendre comment le monde global des affaires fonctionne et s’unir pour conquérir les marchés financiers internationaux et faire rentrer des capitaux et investissements dans notre système de production. Mais aussi il faut que l’économie soit plus dynamique, pas seulement avec du soutien philosophique, mais surtout aussi par de vraies injections de fonds.

En vous suivant sur les réseaux sociaux, tout en encourageant à l’entrepreneuriat, vous appelez toutefois à la méfiance…

Il faut se dire clairement que nous avons un défi assez intéressant en tant que génération : nous devons inventer notre route. Je pense que nous devons soutenir toute action et nous encourager mutuellement notamment par le biais de critique constructive. Mais nous devons par contre être sans pitié pour ceux qui sont animées de mauvaises intentions.

Nous avons sacrifié beaucoup pour produire le vent d’espoir actuel. Quand je vais dans une faculté universitaire plus de la moitié de la salle lève la main lorsque je demande qui a un projet après les études. Nous sommes responsables de ce que personne n’abuse de cette flamme qui s’est allumée chez nos cadets.

Par ailleurs, il faudrait également que l’on perde notre « mythe du sauveur » en changeant le nom du problème. On est passé de la religion, à « l’Etat-poule » et maintenant on ne doit pas rentrer dans l’ère ou l’entrepreneur est vu comme une sorte de remède miracle, avec des pensées positives et citations sur les réseaux sociaux, qui guériraient tous les maux.

L’Héritage a bâti un monde pour nous et nous devons nous manifester. Quelque chose veut naître en Afrique et cette chose cherche ses champions. Si vous sentez un urgent désir de changer les choses alors c’est à un appel supérieur que vous répondez. Rebuntu n’est qu’une partie. Vous n’êtes pas seul !

Si l’on vous demandait de citer 3 noms de jeunes camerounais qui vous marquent positivement dans leurs projets respectifs ?

Arthur Zang : contrairement à moi, il est très discret (son style) mais c’est un bosseur et on se connaît depuis la fac. Les gens ne voient que ses victoires, mais il est réellement au plus en avant du champs de bataille avec des cicatrices de guerres insoupçonnables. Il avance avec un dévouement qui m’inspire beaucoup.

Marylène Owona : Elle est basée en côte d’Ivoire, mais elle est la femme entrepreneure camerounais que je respecte le plus. Elle est mon modèle en terme de « garder son sang-froid ».

William Elong : Un plus jeune que moi. Je l’ai vu arriver dans le paysage il y a des années avec pleins de rêves et d’illusions. Mais j’ai surtout observé sa tenacité à toute épreuve. Pour vous donner une image, c’est un gars à qui je donne un conseil en octobre 2015 sur comment utiliser twitter il dit « ha okay » et en février 2016 je passe par là il a déjà 3000 followers et il gère avec une discipline de fer tous les axes de son projet. Il est stimulant surtout que je sais qu’il veut me surpasser sur beaucoup de plan (je l’y encourage) et de façon saine je dois me montrer à la hauteur de cette estime…Je dirais même que c’est une relation très « mangas » (rires).

Pour l’essentiel, j’admire en fait beaucoup d’autres personnes, et ce pour différentes raisons. Entre autres noms qui me viennent à l’esprit : Thierry Nyamen, Morio Jean-Yves, Mamia Patrick, KETCHA Jean-Patrick, Alain Nteff, Christian Ngann, Joëlle Epée Mandengue, etc. Je ne pourrai tous les citer malheureusement…

Kiroo Rebuntu étant votre projet le plus récent, peut-on  avoir une idée de votre prochain défi ?

Nous sommes en train de lever 7 millions de dollars pour une Série A pour créer un empire multi-service en Afrique. Après le YALI j’ai compris notre vrai potentiel.

Kiro’o doit être la marque qui inspire et qui connecte aux opportunités. Mon fils et les enfants que nous mettrons au monde ne devront plus vivre dans une Afrique pleine de désespoir, à l’instar de celle que nous avons connue. Ils ont le droit de se dire qu’ils peuvent eux aussi atteindre leur objectifs en travaillant dur sans que les opportunités ne leur soient refusés. Et je ne ménagerais aucun effort pour ça. Tant que le Souffle m’est accordé, je mènerai cet engagement personnel. C’est mon sacerdoce !

Rebuntu va évoluer en quelque chose qui sera le chaînon manquant de l’économie africaine, qui va dérouiller l’accès à l’investissement pour les gens brillants rejetés par le système financier africain actuel qui n’est pas à la hauteur de nos talents.

Être père a renforcé mes convictions. Quand je regarde mon fils droit dans les yeux, je promets lui ouvrir la voie.

En 3 derniers points : votre mot de fin aux lecteurs et lectrices de Kamitamag, l’actualité récente qui vous a marqué ces dernières semaines, et le dernier livre que vous avez lu ou êtes en train de lire…

Comme mot final, je leur demanderai de suivre la vidéo de Rebuntu et de nous rejoindre si ils ont un projet et qu’ils veulent apprendre de notre expérience.

En ce moment je suis l’actualité sur le nouveau président français qui nous surprend par sa maturité (pour son pays). Dans le même temps, j’observe notre président prendre certaines mesures pour « l’après-lui ». Ma lecture du moment se porte sur Jack Ma de Alibaba. Découvrir comment a-t-il changé les choses dans un pays où le gouvernement est encore plus négatif que chez nous.

Vidéo trailer Kiroo Rebuntu

INFOS PRATIQUES

Site Web Kiroo Games

Page Facebook Kiroo Rebuntu

Page Facebook Kiroo Games

Aurion : l’Héritage des Koriodan

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Mama Ayaba