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Focus VIP : Kofi Jicho Kopo, le jeune martiniquais Panafricain et Activiste pour la promotion des Langues Kréyol

Âgé de 25 ans, Martiniquais vivant en Martinique, Intervenant en langue créole dans les établissements scolaires et traducteur ; il est titulaire  d’un Bac+4 en Langues et Cultures régionales, obtenu à l’université des Antilles. Engagé dans la préservation et la promotion des Langues Kréyol et panafricaniste dans l’âme, Kofi Jicho Kopo, l’invité Prestige de notre rubrique VIP !

RENCONTRE

Kofi Jicho Kopo, avant toute chose, s’il fallait vous présenter à nos lecteurs et lectrices qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Je me définis comme un militant panafricain et un défenseur des langues et de la culture Afro-caribéenne. Cela fait bientôt 7 ans que je milite pour le rapprochement de l’Afrique et de la Karaîbes ainsi que pour la préservation de ma langue maternelle : Le kréyol .

Je suis aussi quelqu’un de créatif qui est passionné par toutes les formes d’art. La littérature par exemple. J’ai récemment gagné le deuxième prix d’un concours de nouvelle. Et c’est aussi dans ce sens que j’ai créé un album de photos qui regroupe plus de 300 photos sur l’art des coiffures ancestrales de l’Afrique impériale.

C’est sur les réseaux sociaux que vous vous êtes notamment fait découvrir au travers de votre engagement Panafricaniste. C’est quoi le Panafricanisme aujourd’hui pour vous ?

Pour moi le panafricanisme est un mouvement qui promeut l’unité entre tous les Africains et les Afro-descendants partout où ils se trouvent. Il ne s’agit pas que d’une simple solidarité entre frères de couleurs mais bien de créer une organisation qui puisse nous aider à nous développer économiquement, spirituellement et culturellement.

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Vous avez eu le privilège d’être le 1er parrain d’un très bel événement qui a lieu chaque année en France hexagonale et dans les Antilles : Salon Artalentour. En peu de mots, comment pourrez-vous le décrire, et quel pourrait être selon vous l’impact d’un tel événement pour l’ensemble des diasporas Afros ?

Le Salon ArTalenTour est un évènement qui s’inscrit parfaitement dans le panafricanisme. Il s’agit salon qui regroupe des artisans et des conférenciers noirs issus à la fois de l’Afrique, de l’Europe et des Antilles.

Je pense que quand on y va et qu’on le voit pour la première fois, cela a un impact fort sur votre conscience car vous comprenez l’importance d’acheter dans sa communauté et de valoriser nos produits et nos talents. Le Salon ArTalenTour permet aussi d’en apprendre beaucoup sur sa propre culture et son histoire grâce aux conférenciers de qualité qui y participent.

Vous avez fait de la transcription de certains contenus audiovisuels votre spécialité : kréyol-français-anglais-espagnol, sont notamment les langues que vous utilisez dans ces traductions. Comment faites-vous les choix des films à transcrire ?

Kofi Jicho Kopo a remporté le 2ème prix du concours littéraire « Ba mwen nouvèl ou », organisé par la CTM (Collectivé territoriale de Martinique). Le concours était ouvert au créole et au français mais le jeune activiste a choisi d’écrire dans sa langue Martiniquaise.

C’est une très bonne question. Je sélectionne souvent des extraits pertinents d’une vidéo plus longue comme un film ou un documentaire. Sur les réseaux sociaux les gens passent de contenus en contenus sans s’attarder, il faut donc trouver des vidéos qui ont une accroche qui fera que le spectateur va s’attarder.

Dans mon domaine, je recherche des vidéos qui racontent rapidement un fait historique méconnu, une information inédite ou un discours puissant qui pourra inspirer ceux qui regarderont la vidéo. Fort heureusement, il existe beaucoup de vidéos dans le monde noir anglophone ou hispanophone qui correspondent à cette description. Et c’est un plaisir pour moi de les faire connaitre à la communauté noire francophone.

Votre travail de sensibilisation et éducatif via les réseaux sociaux est plutôt bien connu. Mais sur le terrain en Martinique où vous résidez, et plus largement dans l’espace KÂraïbes, quelles sont vos actions concrètes ?

Je suis quelqu’un d’assez discret en général, j’essaye de faire bouger les choses à ma manière. La langue créole est une langue qui est de moins en moins parlée chez les jeunes, en devenant intervenant en langue créole dans les lycées, c’est ma façon d’aider les jeunes à se réapproprier cette langue et à conserver l’héritage de nos ancêtres.

C’est un peu dans cette même logique que j’ai travaillé sur la traduction de Facebook en créole Haitien avec plusieurs linguistes Haïtiens. Nos langues doivent passer le cap des nouvelles technologies afin que les prochaines générations n’aient pas honte de cette langue. Dans cette même logique, j’ai traduit le site des héritiers Madkaud en créole Martiniquais.

Rhum Madkaud, aujourd’hui seule marque de rhum créée et gérée à la fois par un Afro-descendant en Martinique.

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Le Rhum Madkaud est un rhum qui a été crée par Félicien Madkaud, le fils d’une Africaine déportés et esclavagisées à la Martinique. Ce rhum est aujourd’hui le seul à la Martinique à appartenir à un Afro-descendant soit Stéphane Madkaud. Par conséquent, il ne s’agit pas seulement de promotionner la langue.

Il s’agit également d’encourager une entreprise Afro et de faire en sorte qu’il y ait une meilleure répartition des richesses dans l’île car malheureusement, cette filière qui est un pilier économique de la Martinique, reste dominé par une seule et même communauté.

Que pouvez-vous nous dire de Jamadl, la Fondatrice du Salon Artalentour et à figure de proue de la revalorisation de l’attaché de foulard dans l’espace public chez les femmes Afros, en Europe francophone et Antilles…

Je dirais que Jamadl est quelqu’un qui donne beaucoup à sa communauté. Elle sait repérer les talents et les mettre en valeur. Grâce à elle de nombreuses personnes, moi y compris ont pu se faire connaitre et obtenir de l’expérience en côtoyant le public. Tout cela en participant au Salon ArTalenTour.

On peut dire qu’elle a créé un véritable tremplin pour les jeunes talents de la communauté noire. C’est une entrepreneuse de talent, une femme courageuse et une mère qui éduque ses enfants dans la tradition Africaine. Et le fait qu’elle ait du mal à parler d’elle, nous montre que c’est aussi quelqu’un qui a su rester humble.

Pour finir, quel est le dernier livre afro que vous avez lu et le dernier film afro que vous avez regardé ?

J’ai récemment relu des passages du livre de Malcom X «  Le pouvoir noir ». C’est une œuvre vraiment très inspirante et j’y puise souvent des conseils afin de peaufiner ma vision du panafricanisme et de notre lutte.  «  La plus grande erreur du mouvement c’est d’avoir voulu organiser un peuple endormi (…) Il faut commencer par éveiller les gens, l’action vient ensuite. » MALCOM X

Le dernier film Afro que j’ai vu c’est «  GET OUT » de Jordan Peele. Je l’ai revu plusieurs fois. J’étais fan de son travail bien avant qu’il fasse ce film. J’aime beaucoup la manière dont il réussit à faire passer des messages forts tout en proposant un bon produit de divertissement à son public.

Aborder la thématique du rapport des peuples blancs au corps noir avec clairvoyance tout en proposant un film qui a vocation à être internationale, ça demande beaucoup de bonne dose de finesse et de génie. C’est une œuvre que je recommande.

Kofi Jicho Kopo, invité par l’animatrice Guilène Régal, à l’émission télé « Sé ta nou » sur Zouk TV en Martinique
Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis lors, est née ma mission de contribuer à la création de véritables ponts entre l'Afrique, les Diasporas Africaines et les Afrodescendants Ultra-marins. Kamita Magazine est l'outil média qui apporte sa pierre à cet engagement personnel.

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