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Focus VIP : Daniel Tohou, Fondateur de la marque NEFER, le Tailleur Africain qui redessine le Luxe Noir en France

D’un physique imposant, il aurait pu gagner sa vie sur un ring de boxe, mais c’est par la subtilité d’un fil et d’une aiguille qu’il a tracé sa route. C’est l’invité prestige de notre rubrique, Focus VIP ! Daniel Tohou,  Fondateur de la marque de luxe Nefer Couture.

Plus jeune, c’était un gamin révolté, radicalisé, en lutte perpétuelle avec son identité. Issu d’une famille modeste, bercé par une mère vaillante qui a fait du gamin révolté qu’il était, l’homme sobre, vertueux, chef d’entreprise et créateur inspirant qu’il est aujourd’hui. Kamita Magazine est toujours fier de croiser la route de ces Talents qui valorisent l’impact positif des Diasporas d’ascendance africaine dans le monde.

Daniel Tohou, Français d’origine béninoise et togolaise, est né à Paris et grandi à Villiers-le-Bel. Sa couleur préférée est Or et Bleu ; comme hobbies, il apprécie tout ce qui est lié à la création :  musique, art, cinéma.  La qualité qu’il admire est la loyauté, le défaut qu’il déteste est l’égoïsme.

RENCONTRE

Daniel Tohou, en quelques mots, parlez-nous de votre marque dont le nom rappelle peut-être indirectement la civilisation égyptienne ?

Nefer couture est une maison de luxe Française, avec le désir de lié le savoir-faire tailleur et la créativité africaine. Sa création remonte à l’été 2014.
Beau, parfait, est la signification du nom Nefer. En effet, le choix du nom Nefer n’est pas anecdotique.

Il faut savoir que je suis un fervent lecteur et étudiant de l’histoire Antique des civilisations Africaines. L’Égypte est incontestablement l’une des plus grandes civilisations du monde entier, et donc transversalement, l’une des plus illustres d’Afrique.

Vous déclarez respecter l’héritage de l’art vestimentaire véhiculé par les Sapeurs, mais sans reconnaître la marque Nefer dans ce courant. Quel est la particularité du message de Nefer ?

Il existe bel et bien une différence entre le mouvement des Sapeurs et Nefer.

L’ADN de Nefer réside dans une sobriété saupoudrée d’audace ; tout est dans le détail, tout est dans l’élégance, tout est dans la discrétion du comportement. Un homme Nefer se fait davantage remarquer par son naturel, son charisme, que par son exubérance.

Nefer veut apporter un nouveau classicisme, fait de littérature et poésie, de confiance en soi et d’élégance, sous tous les points.

Votre mère occupe une place prépondérante dans l’homme que vous êtes devenu aujourd’hui…

Ma mère est celle qui m’a donné les clés pour réussir, elle a été très dure en sachant dans quel monde on était. Elle nous a forgé un caractère et un mental à toute épreuve. Elle a joué son rôle à la perfection !

Eric Ebouaney, excellent acteur d’origine africaine, il a notamment joué dans les films : Lumumba, Africa Paradise, l’Orage Africain, dirigés par des réalisateurs africains. Comment la rencontre entre Eriq Ebouaney et Daniel Tohou a-t-elle eu lieu ?

Vraiment, de manière très simple. Nous avions un ami commun qui nous a présentés, puis le feeling est tout de suite passé. Car il faut bien le dire, Eriq Ebouaney est un homme simple et très avenant.

Je peux écouter du Salif Keita, tout en fumant du cigare…

Vous déclarez que Nefer est la conséquence d’une quête identitaire. Entre Cheick Anta Diop et Frantz Fanon qui font partie des visages qui ont guidé votre cheminement spirituel, votre parcours identitaire, comment le jeune Africain né en France que vous êtes, grandi en banlieue, s’est-il donc finalement réconcilié avec cette question identitaire ?

… Simplement par la connaissance de soi, de son histoire et de celle de son peuple. Comprendre que l’Afrique est la civilisation la plus puissante de toutes quelle que soit les époques, est une donnée qui change tout. Malheureusement aujourd’hui encore certains la dépeignent comme misérable à l’extérieur, alors qu’elle est la plus riche sous tous les plans.

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En dépit de votre extraordinaire talent, vous n’êtes pas encore reconnu à la hauteur de votre excellence en France, par les autres grandes marques internationales. Pourtant vous semblez ne nourrir aucune colère, aucune rancoeur…. 

Pourquoi avoir de la colère ou envier les autres ? J’ai la conviction que je vais réussir ! Ma force réside dans la persévérance et la patience. Les grandes marques ne sont pas mon baromètre pour déterminer si j’ai réussi ou non, donc elles ne peuvent déterminer non plus mon sentiment d’accomplissement personnel et professionnel.

C’est le soir que je suis le plus créatif, dans la pénombre de mon atelier mal éclairé, car c’est des ténèbres que ressortent la lumière, c’est de mes méditations nocturnes que je crée…et ma nouvelle collection, BROWN SUGAR, est sortie du plus profond de moi, de mes entrailles ; je me suis rendu compte que malgré mon savoir-faire, j’avais besoin de revenir aux fondamentaux, à la base de mes racines..

Oswald Boateng… cet homme a joué un rôle important dans le développement de la concrétisation de votre projet. Que pensez-vous de sa réussite aujourd’hui ?

Oswald boateng est le tailleur qui m’a amené au métier de tailleur. C’est un exemple de réussite, car il est le premier africain et même le premier Noir à être propriétaire d’une boutique sur Savile row, la rue mytique des plus grands tailleurs anglais.

Discret et préférant un luxe suggéré,  vous avez même affirmé que votre objectif n’est pas tant que ça d’avoir le chiffre d’affaire de Louis-Vuitton mais plutôt d’influencer des générations. Peut-on vous considérer comme l’un des précurseurs en France d’une nouvelle vision du Luxe ?

Il est évident que réfléchir à la création d’une maison de luxe comme j’ai réfléchi à Nefer est peu courant. Maîtriser l’image, le savoir-faire et la communication est encore hélas, une denrée rare chez les Africains en France. Mais il doit forcément y avoir un jeune qui n’attend que changent les choses, pour enfin sortir de l’ombre. Je ne pense pas être seul, je suis juste un, parmi des milliers.

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Votre allure physique sobre et vertueuse à la fois, fait penser à la vision de la marque Keneya Paris ; dont le Fondateur Mamary Traoré, à l’instar de votre vision, aspire également à la mesure de ses moyens, à inspirer des générations. Quel regard portez-vous sur l’impact entrepreneurial des Diasporas Africaines ces dernières années en France ?

KENEYA Paris

L’on constate effectivement l’émergence de beaucoup de nouvelles marques crées par des Talents Afros. Cela augure d’une génération surdouée.

A l’instar de cette marque Keneya que vous citez, je pense également à : Maison Château Rouge, Afrikanista, Natacha Baco ou même Goya Paris. Cette génération d’entrepreneurs et Créateurs va laisser une trace indélébile pour les générations qui vont suivre ; car ces marques ont montré, et démontrent que tout est possible !

Quels sont les projets et perspectives importants à venir cette année 2019 pour la marque Nefer ?

Pour cette année 2019, l’objectif est de continuer à étoffer la gamme de prêt à porter pour avoir un vestiaire complet ; ouvrir la voie à une entrée de Nefer sur le continent africain, de manière durable, pérenne… et enfin, avoir la chance de collaborer avec d’autres marques.

Pour finir, Daniel Tohou, quel est le dernier auteur Afro que vous avez lu, et le film Afro qui vous a le plus marqué ?

Le dernier auteur que j’ai pu lire est une poète marseillais, d’origine africaine, Gaëlle Barboza, qui a écrit deux essais superbes : Jazz et African Dream. Je conseille vivement aux lecteurs et lectrices de Kamita Magazine de découvrir ces oeuvres.

Le film Afro qui m’a le plus marqué est sans nul doute Colored Girl. Un film bouleversant sur les situations que peuvent subir les femmes victimes de certains hommes… un film poignant !

Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis ce jour, j'ai découvert, à l'instar de ce qu'invite à faire Frantz Fanon, ce que serait désormais ma Mission ici-bas...

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