Kamita Magazine

Focus VIP : Christian Essomba, Responsable Marketing & Communication du Festival Afri’Ca 2017

Essomba Etaba Christian, résidant à Charleroi en Belgique, se dit de nationalité Africaine et plus précisément d’un projet nation qui tarde à se redéfinir appelé Cameroun. Responsable marketing et communication pour le Festival Afri’Ca -Africain Carolo-, en abrégé #FACA.

Dans cette grande interview, il nous dévoilera entre autres les grands axes de cette seconde édition du Festival Afri’Ca, évoquera l’importance capitale de la date du 25mai pour cet événement, abordera la conférence sur la monnaie, facteur d’unité et de développement de l’Afrique. Homme engagé, Christian Essomba met son expertise en marketing pour une seconde fois au profit d’une idée, le FACA, dans le but de briser les stéréotypes liés au continent africain, mais surtout aussi dans le but de valoriser les richesses intellectuelles et scientifiques d’une Afrique qui lui est particulièrement chère. C’est notre interview VIP !

ENTRETIEN

Christian Essomba Etaba, en nous rappelant votre rôle au sein du Festival Afri’Ca, en quelques mots une brève présentation de l’événement…

Avant toute chose, je tiens à féliciter le travail effectué par Kamita Magazine : la détermination, le sérieux et l’abnégation que vous y mettez avec passion pour produire et partager un contenu de qualité. Youssoupha qui est un rappeur que j’admire par son rythme musical et la qualité de ses textes a dit dans la chanson Bouche à oreille : « Mon frère si tu nous vois franchir un palier, il faut vraiment que tu nous félicites ». C’est une chanson issue de son album « Noir Désir », et interprétée avec panache en compagnie de l’artiste Taipan. Pourquoi cette brève anecdote ? Parce qu’il est important pour moi de marquer avec sincérité, mon admiration pour votre travail.

De gauche à droite : Kody, parrain de la 2ème édition du Festival Afri’Ca ; Marcelle Kom, présidente du COCAD -Collectif Carolo des Africains pour la Diversité-

Concernant votre première question, je contribue à la dynamique de l’équipe organisationnelle du Festival Afri’ca, en apportant mon savoir-faire dans le domaine du marketing. Le festival est une idée qui était déjà dans les tiroirs du Collectif Carolo des Africains pour la Diversité -COCAD- dont la problématique à solutionner était de combattre les préjugés nés de la méconnaissance des communautés d’origines africaines résidentes à Charleroi ; pour un meilleur vivre ensemble, le manque de visibilité de celle-ci malgré son dynamisme et sa contribution à l’éclat de son pays d’adoption.

Cliquer…et lire aussi l’interview de Christian Essomba, Festival Afri’Ca, 1ère édition

Rappelons pour certains qui l’ignoreraient encore, que l’Afrique n’est pas un pays mais le plus grand continent au monde avoisinant plus du double de la Fédération de Russie. L’idée de départ a progressivement pris forme en multipliant les réunions de brainstorming en septembre 2015, pour se transformer en un projet nommé Festival Afri’ca, qui va cette année à la deuxième édition. Dans la suite d’une première édition totalement réussite.

En effet, la première édition a été une réussite car grâce à un plan et une stratégie marketing bien pensée on a pu remplir deux objectifs souhaités, à savoir celui de la crédibilité et de la notoriété : crédibilité car nous avons eu un bon retour des partenaires, des intervenants ou encore des exposants qui nous ont suivis dans cette aventure et qui ont renouvelé leur confiance en marquant leur présence à nos côtés pour cette deuxième édition. Notoriété car nous avons eu durant toute la semaine couvrant le festival entre 1200 et 1300 visiteurs pour une première édition.

Photo d’illustration Festival Afri’Ca, 1ère édition mai 2016 / Crédit photo : Hugh Richepin, Vitrine Africaine

Comme le veut la tradition, à chaque nouvelle édition, deux visages nouveaux : un président et un parrain. Quid des deux principales têtes d’affiche pour l’édition 2017 ?

En effet, on essaie toujours de mettre en avant la multiculturalité qui caractérise la Belgique, clin d’œil à l’équipe nationale des Diables Rouges. Non pas comme un handicap mais comme une force dont les efforts conjugués peuvent produire de la qualité et de l’excellence. C’est pourquoi après les précédents Luc Maton et Mohamed Fekrioui, respectivement Journaliste de renom et Echevin, nous avons choisi pour la deuxième édition des profils différents. Il s’agit de notre champion national, l’humoriste et journaliste Kody comme parrain ; qui va de succès en succès avec une carrière qui a clairement débordé les frontières belges. Et comme président du Festival Afri’Ca 2017, Leo Sclapari, chantre de l’entrepreneuriat dans la région de Charleroi à travers la couveuse d’entreprise SACE qu’il dirige depuis bientôt 3 ans.

Ces choix reposent essentiellement sur les idées et les valeurs que nous défendons à travers le festival qui sont le vivre ensemble, le dynamisme et la capacité à participer à un projet commun qui permet à chacun d’aller à la rencontre de l’autre.

Un programme riche avec diverses activités sur cinq jours. Mais parmi ce grand ensemble, une date particulière et chère au projet #FACA : le 25 mai…

En effet, le festival Afri’Ca prend aussi racine autour de la Journée Mondiale de l’Unité Africaine qui se célèbre depuis la signature des accords portant création de l’organisation de l’Unité Africaine en 1963 : date arrêtée pour être un moment de réflexion sur des problématiques relatives à l’Afrique.

Derrière cette date importante, un nom : Ze Belinga…Il interviendra pour parler de la monnaie, comme facteur d’unité et de développement pour l’Afrique. Racontez-nous brièvement pourquoi votre choix s’est-il porté sur cette thématique et sur l’homme en question ?

Il faut dire que nous avions déjà parlé de l’histoire du panafricanisme avec l’Historien Amzat boukari yabara, pour la première édition. Cette année, nous avions sélectionné plusieurs thèmes mais au vu de l’actualité nous avons planché sur la monnaie. Au moment même où la jeunesse africaine crie à l’unité et se mobilise sur tout le continent et même dans ses diasporas, pour dire non à la monnaie néocoloniale qu’est le Franc CFA. Monnaie imposée après les pseudos indépendances, en plus des accords de défense aux pays africains occupés par la France.

Christian Essomba Etaba, Stratège Marketing & Communication

Je pense fondamentalement que partagés entre deux amours, nos actions dans nos pays d’adoptions doivent contribuer à son rayonnement mais aussi à celui de nos pays d’origines. Il était donc important pour nous en tant que diasporas de nous inscrire dans cette dynamique et d’apporter de l’eau au moulin de cette génération qui ne rêve que de liberté et d’autodétermination ; tant par l’information pour enrichir le débat, que par la mobilisation pour soutenir le combat.

Quoi et qui de mieux pour aborder cette problématique essentielle, autant par son caractère technique que par son poids idéologique, qu’un chantre du panafricanisme et expert en économie comme Ze belinga. Il a déjà écrit plusieurs livres sur les problématiques du continent et dont le plus récent qui sera dédicacé est : « Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc #CFA ? » Ouvrage coécrit avec Kako Nubukpou, Bruno Tinel et Demba Moussa Dembele. Il faut aussi rappeler que nous organisons cette conférence du jeudi 25 mai 2017, en partenariat avec une association assez dynamique appelée Mémoire Coloniale. Elle s’occupera notamment de la modération du débat.

Au-delà du Festival Afri’Ca, se trouve en coulisses une organisation associative qui prend un essor important, particulièrement à Charleroi mais aussi plus largement dans toute la Belgique et à l’international. Un mot sur le COCAD et ses projets réels ?

A gauche : Marcelle Kom, présidente du Collectif Carolo des Africains pour la Diversité -COCAD-, lors de la 1ère édition du Festival Africa en 2016 / Crédit photo : Hugh Richepin, Vitrine Africaine

En effet, le COCAD par sa définition : Collectif Carolo des Africains pour la Diversité, met en avant la dynamique qu’elle défend. L’organisation prône par exemple l’unité, et une identité à la fois Carolo mais aussi Africaine ; d’où le besoin de défendre et promouvoir la Diversité comme valeur vitale qui guide ses actions dans le choix de tous les projets qu’elle embrasse. C’est ainsi par exemple qu’elle a été comme plusieurs autres associations, aux côtés de la Fondation Lilian Thuram durant le mois de mars dernier pour l’Exposition « Être humain, vivre ensemble».

Concrètement, le Collectif essaie de rassembler les associations d’origines africaines dans la région de Charleroi, tout en leur permettant d’avoir accès à des outils leur permettant de mieux s’organiser. Mais il propose aussi, en plus de s’inscrire dans des projets qui promeuvent la diversité pour un meilleur vivre ensemble, un panel d’activités. Entre autres, l’existence d’une permanence juridique. Le Collectif met également sur pied « le COCAD raconte », qui est une séance de formation et d’information dans divers domaines durant toute l’année. Bref ! C’est toute une équipe dynamique et ingénieuse composée d’hommes et de femmes qui s’impliquent au quotidien, en plus de leurs activités principales, pour se donner corps et âme à la paix sociale. Valeurs de paix et d’unité que l’on retrouve transversalement dans les objectifs du Festival Afri’Ca.

Photo d’illustration Festival Afri’Ca, 1ère édition mai 2016 / Crédit photo : Hugh Richepin, Vitrine Africaine

A quelques jours de l’entame de cette grande semaine, comment se sent l’équipe en général, et vous en particulier ?

La pression monte mais nous sommes sereins ; car nous avons mis de l’amour, de la passion et surtout nous avons donné le meilleur de nous-mêmes dans cette deuxième édition. Nous continuons de travailler, ceci jusqu’au 28 mai, afin de proposer une expérience réelle aux multiples participants qui seront des nôtres durant cette longue semaine.

Sachant qu’un service ou un produit est destiné à s’améliorer, nous avons mis sur pied au mois d’avril une équipe de marketing pour réfléchir et penser le Festival, tant en terme de produit, de but et stratégie, que de financement pour les prochaines années. Car nous ambitionnons à l’avenir inviter des artistes authentiques résidents en Afrique, et nouer des partenariats en plus de ceux déjà actés, avec des instituts qui oeuvrent dans la promotion de la culture africaine. A l’instar de Music Crossroads International ou encore le RAPEC, qui a inscrit le 24 janvier 2017 à Paris, comme journée mondiale de la culture africaine

Photo d’illustration Festival Afri’Ca, 1ère édition mai 2016 / Crédit photo : Hugh Richepin, Vitrine Africaine

Pour finir, quel événement vous a marqué ces dernières semaines ? Et le dernier livre que vous avez lu ou êtes en train de lire ?

L’événement qui m’a le plus marqué ces dernières semaines s’est déroulé en France. Au-delà de la bulle marketing Macron, c’est bien la volonté de Marion Maréchal-Le Pen de mettre fin à sa carrière politique. Mais surtout, comme l’ont rapporté les médias, sa volonté d’immigrer en côte d’ivoire auprès de son père adoptif, Samuel Maréchal qui y est bien installé.

J’ai apprécié la nouvelle car cela prouve que malgré tout ce qu’elle subit, l’Afrique n’a pas fermé ses portes. En dépit de la rencontre difficile avec le frère européen, l’immigration et l’intégration européenne en Afrique se portent bien et de mon souhait, cette immigration doit continuer de permettre le développement là-bas et ici en Europe ; à l’image par exemple de l’Afrique du sud ou encore du Kenya où les européens sont bien intégrés et représentés.

Mon livre du moment : « Démocratie, dans quel état » celui d’un philosophe français que j’affectionne beaucoup, Alain Badiou. Je l’avais découvert dans l’émission TV « Ce soir ou jamais », présentée à l’époque par Frédéric Taddeï ; il disait :

Les opprimés n’ont qu’une seule arme, c’est leur discipline. Ils n’ont rien, ils n’ont pas d’argent, ils n’ont pas d’armes, ils n’ont pas de pouvoir. La seule force qu’ils puissent avoir c’est celle de leur organisation et de leur discipline. Ce n’est donc pas tant à la violence que j’appelle, qu’à l’organisation, à la cohésion et à l’unité.

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Mama Ayaba