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Focus VIP : balade au coeur de la littérature ivoirienne avec l’écrivain Macaire Etty

Enseignant de formation, romancier, nouvelliste, poète, critique litéraire, il est depuis bientôt deux ans, Président de l’AECI (Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire). Sous la plume de Elvis Ouffoué, pour une interview exclusive sur Kamitamag, Macaire Etty est notre invité prestige du jour !

En visite à Paris pour participer au Salon du Livre qui eut lieu du 16 mars au 19 mars 2018, l’écrivain ivoirien Macaire Etty, a néanmoins pris le temps de nous accorder une interview spéciale !

Rencontre

Macaire Etty, merci d’avoir accepté de participer à cette interview. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Kamitamag ?

Je m’appelle Macaire ETTY. De formation, je suis professeur de lettres modernes. Je suis écrivain. Je suis romancier, nouvelliste et poète. Depuis 2016, je suis le Président de l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire. Je suis marié et père de trois enfants.

Pourquoi et comment êtes-vous arrivé à l’écriture ?

Je suis arrivé à l’écriture car j’avais des choses à dire, à partager. Après avoir ingurgité de tonnes de pages et observé tout ce qui se passe autour de moi, j’avais besoin d’extérioriser mes convictions, mes rêves, mes peurs. J’écris par vocation, je ne pouvais pas ne pas devenir écrivain.

A ce jour, combien d’œuvres littéraires avez-vous à votre actif ?

J’ai à mon actif six livres individuels : Gloire et Déclin apocalyptique, La loi des ancêtres, Les larmes de Dieu, Pour le bonheur des miens, La geste de Bréké, Mes saintes colères. Je suis aussi co-auteur de deux livres collectifs : La pluie a d’abord été gouttes d’eau et Saisons torrides.

Quels sont les sujets généralement abordés dans vos œuvres ?

Ma passion c’est l’Afrique. Le continent noir est au centre de mon écriture, de mes réflexions. Ce continent est un champ d’interrogation. Il charrie tellement de problématiques inexploitées que je ne pouvais pas ne pas en faire ma préoccupation. Je continuerai de questionner ce bout de terre à la fois riche et pauvre. Les mythes, les légendes, les faits historiques de l’Afrique m’interpellent sans cesse.

S’il fallait définir c’est quoi être écrivain ? Quel est son rôle véritable dans la société en général, et dans votre société en particulier ?

Je dirai que l’écrivain est d’abord un auteur et ensuite, pour être précis, un auteur d’œuvres littéraires. Ses préoccupations sont d’ordre esthétique. C’est un artiste. C’est le souffle de littérarité qu’il imprime à ses écrits qui lui vaut le statut d’écrivain. Dans la société son rôle c’est d’entretenir l’humanité en l’homme par l’émotion qu’il lui procure. Éclaireur et vigile, il a pour rôle d’aider le peuple à se comprendre et à comprendre les défis qui surgissent sur son chemin. Dans cette perspective, l’écrivain en plus d’être un artiste est une conscience critique et un pédagogue.

Pensez-vous que les écrivains ivoiriens jouent-ils pleinement leur rôle ?

Oui bien sûr. Il est vrai que les plus jeunes sont attirés par des histoires sentimentales. Mais dans l’ensemble, depuis son origine jusqu’aujourd’hui, les écrivains ivoiriens s’inscrivent dans toutes les fonctions de l’écrivain. Les écrivains ivoiriens écrivent sur tous les sujets.

Alors, au delà d’être écrivain, vous occupez aussi et surtout, le prestigieux fauteuil de Président de l’AECI (Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire). Pourquoi avoir franchi le pas ? Pourquoi de simple écrivain, vous avez voulu être le premier représentant de tous les écrivains de Côte d’Ivoire ?

Il faut dire que j’ai été appelé par mes pairs pour occuper ce poste. L’on avait besoin pendant un long moment de léthargie, de quelqu’un de passionné, disponible, ouvert pour remettre l’AECI sur les rails. La majorité des écrivains a estimé que je suis celui qui répond au meilleur profil. Et depuis avril 2016, j’occupe ce poste avec bonheur. Malgré les nombreux défis, mon équipe et moi avons réussi à donner plus de visibilité à l’AECI.

Comment était l’état de la littérature ivoirienne avant vous ? Et comment se porte-elle aujourd’hui ?

La question est ambiguë. Il faut distinguer l’AECI et la littérature ivoirienne. Si vous parlez de l’AECI, je crois avoir déjà répondu à la question. Elle était dans un état comateux, et nous avons réussi à la réanimer et à lui insuffler une nouvelle énergie. Maintenant concernant la littérature ivoirienne, elle poursuit son chemin. La Côte d’Ivoire est un pays du livre, un pays qui a connu de grands écrivains. Aujourd’hui avec le boom des éditions, l’on assiste à une production massive de livres. Malheureusement la quantité ne rime pas toujours avec la qualité.

A quels types de problèmes, la littérature ivoirienne fait-elle face aujourd’hui ?

Au niveau de l’édition, le professionnalisme fait défaut à de nombreuses maisons. En dehors de cinq éditeurs sur la trentaine, il y a un manque de rigueur dans le processus éditorial. Il y a aussi une énorme faiblesse au niveau de la promotion et de la distribution des livres. Au niveau des écrivains, je note l’empressement. Ils sont pressés de publier des livres sans prendre le soin de nettoyer le manuscrit.

Au niveau du gouvernement, mon souhait est que l’AECI soit considérée comme une institution, une structure d’utilité publique. Elle a besoin d’une subvention et d’un siège. L’AECI est un instrument que le gouvernement doit utiliser pour la promotion du livre et de la lecture. Pour le moment, ce n’est pas ce que nous constatons.

Quelles solutions envisager pour redonner une allure plus reluisante à cette littérature qui est l’une des plus importantes du continent ?

Il faut toujours au départ une volonté politique. Si la tutelle donne les armes à l’AECI, évidement nous serons plus efficaces. Ce n’est pas avec des galas et des soirées mondaines qu’on développe la littérature dans un pays. Il faut descendre dans l’arène. Il faut plus d’engagement, plus de passion. Il faut aller vers les populations. Si la volonté politique de promouvoir le livre est exprimée, la presse suivra, la télé nationale servira de moteur à cette politique hardie de promotion et de révolution.

S’il fallait adresser un message aux décideurs politiques, je leur rappellerai que la culture et surtout la littérature sont le fondement de tout développement

Quand des décisions sont prises, il faut bien leur donner vie par des actions. En tant que Président de l’AECI, vous êtes mieux placé pour nous dévoiler les actions que l’AECI prévoit pour améliorer cette situation…

L’AECI est sur le terrain. Chaque deux ou trois mois nous organisons des activités. Nous sommes engagés dans la promotion, la formation et la révélation des talents. Avec une subvention conséquente et un siège, l’AECI serait plus efficace. Nous avons les hommes et les idées, ce qui nous fait défaut c’est le soutien et l’engagement de la tutelle à nous mettre en mission en nous donnant tous les moyens à la hauteur des ambitions de la Côte d’Ivoire vis-à-vis du livre.

Quel est l’état des rapports de l’association que vous gérez avec les associations sœurs d’autres pays ?

Les rapports sont au beau fixe. L’AECI est membre sous mon magister de l’Association des écrivains des trois continents (Amérique du sud, Asie et Afrique). Nous avons de bons rapports avec les Associations du Sénégal, de la Tunisie, du Niger, du Gabon, du Congo. Le problème qui se pose c’est ce manque de volonté politique dans la plupart des pays africains. Si cette volonté est exprimée, toutes ces associations vont collaborer davantage. Il y aura plus d’échanges, plus de rencontres, plus de manifestations de dimension sous-régionale et continentale.

Si aujourd’hui, vous avez un message à lancer à l’endroit des décideurs pour une plus grande prise en compte de la littérature quel serait-il ?

Je leur dirai qu’il n’y a pas un grand pays au monde qui n’a pas à sa base une politique hardie en faveur du livre. Je leur dirai que c’est la culture et surtout la littérature qui est le fondement de tout développement. Ce sont les idées, la pensée, la réflexion, ce que j’appelle les richesses immatérielles, qui sont à l’origine des richesses matérielles.

Macaire Etty, nous sommes pratiquement à la fin de notre entretien. En vous remerciant encore d’avoir répondu favorablement à notre sollicitation, votre mot de fin ?

Je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer. Mon mot de fin est le suivant : C’est le livre qui délivre des moments ivres.

Salon du Livre de Paris qui eut lieu du 13mars au 19 mars 2018. En présence de Macaire Etty

Bibliographie de Macaire ETTY

1. Gloire et déclin apocalyptique (roman)

2. La loi des ancêtres (roman)

3. Les larmes de Dieu (roman)

4. La geste de Bréké (épopée)

5. La pluie a été d’abord gouttes d’eau (poésie – collectif)

6. Saisons torrides (nouvelles-collectif)

Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis lors, est née ma mission de contribuer à la création de véritables ponts entre l'Afrique, les Diasporas Africaines et les Afrodescendants Ultra-marins. Kamita Magazine est l'outil média qui apporte sa pierre à cet engagement personnel.

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