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Focus VIP : Audrey Chicot, la camerounaise pionnière en Afrique dans la maintenance industrielle

A 43 ans, PDG de l’entreprise MSMI au Cameroun, elle est un modèle de réussite qui depuis quelques années maintenant inspire de nombreux camerounais et Africains par son parcours atypique. Dame de fer, sous un gang de velours, Audrey Chicot est l’invitée Prestige de notre rubrique Focus VIP !

 

RENCONTRE

Audrey Chicot, quel a été le véritable déclic qui vous a convaincue d’embrasser la fabrication mécanique et maintenance industrielle ?

Je dirai que c’est l’industrie lourde par challenge, car il n’y avait pas de femmes.

Vous êtes la figure de proue de l’intégration féminine dans l’environnement très masculin de la maintenance industrielle. Quelle analyse faites-vous de la place de la femme camerounaise et africaine dans ce secteur ?

La femme africaine est indispensable dans l’industrie aujourd’hui. Mais elle est encore sous l’influence post coloniale où le colon a fait croire à l’homme africain que la place « de ministre de l’intérieur  » qu’il accordait à la femme à son arrivée était une faiblesse pour lui. Donc on a du chemin à parcourir sur toute l’industrie . Mais il faut que nous fassions vite, car le temps joue contre nous.

Vous êtes une référence positive chez de nombreux jeunes camerounais et africains qui voient en vous un exemple de réussite mais surtout de résilience. Quel message voudriez-vous délivrer à cette jeunesse entrepreneure et entreprenante ?

En fait j’aimerais leur faire comprendre que l’industrialisation est le projet sur lequel je travaille depuis 10 ans. Cela passe par la création d’un Made In Cameroon, des normes et du protectionnisme. Nous ne pouvons passer l’étape industrialisation sans bien ficeler le Made In Cameroun.

J’ai fini par comprendre que le seul moyen d’avoir les transferts de technologies lourdes est de remettre en place le système qui avait été mis sur pied dans les années 60. Faire venir s’installer les industries chez nous ! La Chine et l’Inde ont utilisé ce procédé et regardez les aujourd’hui. Même chez nous, tous nos acquis technologiques viennent de là. Si en plus, nous faisons éclore l’agroalimentaire, la cosmétique et les tic, nous réussirons notre stratégie. Car sans stratégie, il n’y a pas de progrès véritable.

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Le Made In Cameroun (MIC)… encensé et à la fois moqué. Simple concept, illusion, réalité ou un avenir proche ? Bref ! Comment le définiriez-vous ?

Il faut peut-être rappeler que l’histoire du « Made In  » n’a pas été inventée par le Cameroun. Elle vient de loin, donc si elle a permis aux autres de se dire puissances aujourd’hui pourquoi le MIC devrait-il être moqué ? Au contraire, il fait peur et trembler en face (l’Occident et même l’Asie) car il prouve que l’éveil est là. je suis proches des jeunes car le projet repose sur eux et les femmes. Qu’ils me prennent comme exemple ajoute à ma responsabilité, car comme vous le savez, je fais également leur suivi par le mentoring.

Le Made In Cameroon est une réalité qui ne se limite pas à l’agroalimentaire et la cosmétique. Voilà pourquoi le Salon d’Initiatives Femme qui est un projet de l’association Asenia de la très patriotique Carine Andela, me tenait à cœur, car d’abord il ressortait le volet « entrepreneuriat social » qui pour l’instant n’a pas de sens chez nous, mais moi je l’ai étudié au Japon et son impact est très bénéfique à l’Etat japonais.

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Ensuite, je voudrais lancer un signal fort au Cameroun, particulièrement le secteur privé : le secteur privé doit devenir fort, à travers des soutiens et synergies mutuelles. Les géants doivent s’occuper des petits, les forts des faibles, les expérimentés, des novices…… L’industrialisation ne se fera pas sans au préalable un secteur privé fort. Quoi de mieux donc que le MIC pour nous rassembler comme un seul Homme ? Le SIF Salon de l’initiative Femme a prouvé par sa 1ère édition, que le MIC est une réalité.

L’on aurait souhaité ne pas évoquer ces sujets, mais la situation vécue au Cameroun ces derniers mois mérite d’en parler. Boko-haram, crise du Nord-Ouest et Sud-Ouest, relents de tribalisme propagés tant sur les réseaux sociaux que dans les grands médias. Vis à vis de ces problèmes sociaux, quel est le regard de la cheffe d’entreprise, femme et mère ?

En tant que femme et mère, je dis que le Cameroun ne ressemble à aucun pays de la sous région où l’on fomente facilement des guerres. Les réseaux sociaux restent virtuels et vous savez, avant les gens refaisaient le monde dans les bars et sous les poteaux pour se donner l’impression qu’ils posaient des actes importants dans la vie réelle.

Aujourd’hui, sur les Réseaux Sociaux, certaines personnes semblent vraiment croire qu’elles sont très importantes. Mais laissez-moi vous l’affirmer avec certitude ! Rien ni personne ne pourra faire éclater le Cameroun. Ce que les organisations des droits de l’homme disent sur nous n’a aucune importance à mes yeux. Seul compte notre devenir et il nous appartient, aujourd’hui plus que jamais.

Parlons de Napenda Group, une initiative camerounaise née de la passion de Mérimé Wilson, dont la plume milite pour la promotion et valorisation des entrepreneurs camerounais et africains, quels que soient leurs lieux de résidence. Qu’auriez-vous envie de dire sur son travail, sur l’homme

Honnêtement, ça démarre. Nous avons tendance a croire au Cameroun que la réussite est immédiate et c’est la cause de beaucoup de frustrations en cas d’échec. Regardons, laissons lui le temps d’acquérir davantage en expérience.. sur l’homme qu’est Mérime wilson, je dirais qu’il a le plus important de toute les qualités : la liberté de l’esprit et le patriotisme.

A l’extrême gauche, Carine Andela, Entrepreneure sociale, Fondatrice de l’Association ASENIA

Ils sont nombreux à se démarquer aujourd’hui derrière vous. Même si vous ne pourriez tous les citer, pour notre lectorat, s’il fallait mettre particulièrement trois noms en avant qui selon vous valorisent le Cameroun par leurs initiatives entrepreneuriales…

Alors dans l’ordre tout d’abord : Arthur Zang, il est sur du concret et l’industrie électronique dont personne ne s’en souciait véritablement jusqu’à son arrivée est aujourd’hui est au coeur de tous les débats. Puis, permettez-moi de citer Carine Andela. Je suis convaincue qu’il en faut des personnes comme elle, qui ont un amour si profond du Cameroun..Elle en a même fait sa passion ! Enfin, je terminerai par Irène kaldjob. Une Dame ! Elle sait ce qu’elle veut, et où elle va. Avec un esprit vif et la facilité à laisser de côté le superflu pour ne garder que l’utile.

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Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis lors, est née ma mission de contribuer à la création de véritables ponts entre l'Afrique, les Diasporas Africaines et les Afrodescendants Ultra-marins. Kamita Magazine est l'outil média qui apporte sa pierre à cet engagement personnel.

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