Kamita Magazine

Itw Politique : Marius Ndolimana, « aux âmes bien nées », disait le proverbe

Focus sur Marius Ndolimana, président de la section locale cdH à la ville de Bruxelles.

Ce mois d’avril, Kamita Mag fait la part belle aux Hommes et Femmes Afro-Politiques belges. Focus sur l’un des visages discrets qui compte parmi les nombreux Talents Afro-Engagés du plat pays. Belge, originaire du Rwanda, il habite aujourd’hui à Laeken. Diplômé en tant qu’ingénieur industriel à finalité électromécanique, il travaille actuellement comme Conseiller en Prévention, Spécialisé en Gestion des Risques Occupationnels, pour le compte d’un Bureau d’Études International actif principalement dans les secteurs énergétiques et d’infrastructure. Il fait partie des Hommes Politiques Afros du mois d’avril sur Kamita Mag. Grand Angle sur Marius Ndolimana !

Du latin Politicus, du grec Polis qui signifie « Cité », nous nous sommes inspirés du nom égyptien « Papyrus », pour nommer cette rubrique spéciale axée sur des Hommes et Femmes Afros, engagés en Politique. Chaque mercredi ou jeudi, sera mis en lumière une personnalité politique Afro, quel que soit le parti politique d’adhésion. Kamita Mag s’engage durant un mois à faire le pas vers ces Responsables Afros-politiques belges. Sachant que les prochaines élections seront en 2018, l’objectif est de leur donner la parole dès le départ afin d’évoquer divers points qui toucheraient à la fois la sphère privée, vie de famille, professionnelle, parti politique, et sociale.

    RENCONTRE

Marius Ndolimana, vous faites aujourd’hui partie des Hommes Afros Politiques que nous mettrons peu à peu en lumière sur notre média pour ce mois d’avril. S’il fallait présenter le personnage politique Marius Ndolimana, que devrait-on savoir ?

Humaniste convaincu et je l’espère convaincant, pour moi la politique est un moyen comme un autre de partager mes convictions et faire passer mes idées pour une société plus juste et plus « humaine ». C’est ainsi que je suis également actif depuis longtemps et bien avant même de rentrer en politique dans différentes associations. En ce qui concerne la politique, cela fait désormais quasi dix ans que je suis militant humaniste au sein du cdH et je n’ai pas vu le temps passer. J’ai démarré cette aventure en 2007 au sein des jeunes cdH au niveau régional en participant à un groupe de travail sur l’emploi. En parallèle j’ai commencé à militer au niveau local (communal) où j’ai occupé le poste de président des jeunes entre 2010 et 2013. Je suis actuellement président de la section locale cdH à la ville de Bruxelles. Il s’agit essentiellement de l’animation des membres, de faire le lien avec les mandataires, d’organiser des rencontres avec les habitants, les associations locales, les commerçants locaux, etc.

J’ai été candidat aux dernières élections communales (2012), ce fut pour moi une première expérience très enrichissante. Bien que malgré nous, nous n’avons pas pu intégrer la majorité, le score final du parti fut remarquable ; le cdH étant la deuxième force politique à la ville de Bruxelles où nous continuons de mener une opposition exigeante mais constructive. Difficile de tout dire en quelques lignes, j’invite tout un chacun à suivre mon actualité sur twitter : Marius Ndolimana ou sur ma PAGE Facebook…

Revenant brièvement sur les attentats à Bruxelles du 22 mars 2016 ?

J’ai été plus que choqué évidemment par les actes macabres du 22 Mars ! Je voudrais d’ailleurs profiter de l’occasion pour avoir de nouveau une pensée pour toutes les victimes et leurs familles. J’avais notamment des collègues présents à l’aéroport ; des connaissances présents dans le métro ; etc. Tout d’un coup on réalise que ce n’est plus à des kilomètres de chez soi que ça se passe mais bien « ici ». Cependant passé les émotions, il est important que l’on prenne le problème à bras le corps et que l’on trouve des solutions ; en évitant de tomber dans des politiques ultra sécuritaires au détriment des politiques de prévention. En effet il est très important de comprendre les causes qui ont mené et continuent à mener ces jeunes à se radicaliser et comment ensemble (acteurs politiques, acteurs religieux, acteurs associatifs, etc.) nous pouvons prévenir cela.

Il faut donc mettre autant d’efforts dans la protection (et répression) que dans la prévention. Le vivre et faire ensemble ne doivent plus être des slogans mais doivent être traduits en véritables projets politiques. Il faudra également éviter de tomber dans le piège tendu par ces barbares en tombant dans la stigmatisation d’une partie des citoyens ou certaines localités. Nous devons également intégrer le fait que désormais (comme dans certaines autres parties du globe…), la menace existe et fait partie de notre quotidien. Je termine par souligner que ces criminels sont déterminés à nous priver de nos libertés, de nos valeurs fondamentales et créer la division. À nous de nous montrer à la hauteur de l’enjeu en faisant face tous ensemble pour défendre une société démocrate et libre.

Pourquoi le cdH plutôt qu’un autre parti politique ?

Comme je l’explique plus haut, je suis avant tout un humaniste convaincu ! Je souhaitais donc rejoindre le parti le plus en phase avec mes convictions humanistes. Cela se traduit notamment dans les priorités historiques du cdH telles que l’enseignement et la famille. Cela se traduit également par le fait d’être totalement libre dans mes idées sans positions préétablies comme on peut chez certains partis (ex : opposer systématiquement les classes sociales riches aux classes sociales pauvres ; opposer systématiquement le patron à l’ouvrier, opposer systématiquement la liberté à la solidarité, etc.) avec le risque de basculer facilement dans de pures considérations idéologiques. Au contraire j’ai choisi de rejoindre un parti qui prône le développement humain avant tout et place l’humain au centre de toute décision.

Quand j’ai commencé à militer à la ville de Bruxelles en 2007, le cdH comptait dans ses rangs deux conseillères communales et un échevin, Bertin Mampaka, actuellement député régional et sénateur de communauté ; je profite de l’occasion pour saluer son action) d’origine d’Afrique subsaharienne ; ce n’est pas rien ! je pense que cette ouverture a aussi certainement joué dans ma décision !

En tant que politique, vous êtes accusés à tort ou à raison d’être invisibles la majeure partie du temps et de ne surgir qu’à l’approche des élections. Comment jugez-vous cette critique de la population civile ?

On ne le dira jamais assez, les politiciens, nous nous devons d’être au plus proche du citoyen et cela à tout moment et pas seulement lors des périodes électorales. Il s’agit certainement d’une critique fondée qu’il faut entendre afin de faire le nécessaire pour améliorer la situation. Bien qu’il faille éviter de généraliser car ce n’est pas tous les politiciens qui sont concernés. Cependant il convient de souligner que la période des élections est tout de même une période particulière où les partis et surtout les différents candidats peuvent faire connaître leurs programmes et leurs idées pour la législature à venir. D’autant plus qu’on constate que les citoyens s’intéressent peu ou pas suffisamment aux conférences et autres activités organisées par les partis politiques ou les hommes politiques, en dehors de ces périodes. Pourtant à mon sens, il est essentiel que les citoyens s’intéressent aux programmes des partis et interpellent régulièrement leurs élus. Ne pas oublier qu’en tant que citoyen, nous avons des droits mais aussi des devoirs. Un de ces devoirs est de s’intéresser aux programmes et activités des partis politiques, pour notamment le moment venu ; voter ou donner son avis en connaissance de cause.

Qu’est ce qui est le plus difficile : être jeune ou être Noir dans un parti politique en Europe ?

Les deux sont à la fois de potentiels obstacles mais également de formidables opportunités. C’est bien connu et c’est vrai que de manière générale le milieu politique est un milieu complexe avec beaucoup d’adversité. On peut donc imaginer que ce soit difficile pour un jeune de se faire sa place. En tant que noir, à mon avis le risque principal est d’être considéré et perçu comme un « attrape- voix » pour obtenir les votes de sa communauté d’origine (le fameux vote communautaire). C’est un point d’attention de s’assurer qu’on est considéré et accepté avant tout pour ses idées et convictions. Cependant je préfère me dire que la jeunesse peut signifier également des idées fraîches ; du dynamisme ; etc. Tout comme être issu de la diversité est un atout car on a souvent des parcours « chargés » et une manière différente et enrichissante d’aborder les problématiques. Je suis heureux que ce soit le cas pour moi au cdH où notamment en tant que président de section locale, j’ai l’occasion de montrer mes compétences et partager ma vision de la société.

Entrepreneuriat, Afropreneuriat. On en parle de plus en plus. Que peut apporter le politique pour encourager particulièrement l’Afropreneuriat belge ?

Un afroentrepreneur reste avant tout un entrepreneur avec les mêmes besoins et les mêmes obstacles de base que les autres entrepreneurs en Belgique. Une action concrète est de trouver les moyens de mieux faire connaître les outils mis en place par le pouvoir public pour aider de manière générale les entrepreneurs et en particulier pour encadrer les néo-entrepreneurs. En effet on se rend compte qu’un certain nombre d’outils sont mis en place mais malheureusement sont peu connus ou sont difficiles à trouver. La même chose pour les aides financières. Je constate avec joie qu’il y a de plus en plus d’initiatives dans la communauté pour faire la promotion de l’entreprenariat et faire connaître les afroentrepreneurs ; c’est une très bonne chose.

Les politiques se doivent de s’y intéresser ; de soutenir autant possible les initiateurs de ces évènements et faciliter le travail de ces derniers qui manquent souvent de moyens tels que des infrastructures pour des réunions de travail, pour organiser les conférences, etc. Ils devraient par exemple chercher à rencontrer les initiateurs de ces activités pour appréhender au mieux leurs besoins et obstacles spécifiques. Pourquoi ne pas envisager une plateforme regroupant les « Afroentrepreneurs Belges » et susceptibles d’être l’interlocuteur privilégié notamment auprès des instances politiques.

Quant aux projets à venir. Le jeune loup, Marius Ndolimana ne rêve-t-il pas être khalife à la place du khalife ?

On peut très bien se créer une place sans forcément bousculer ou éliminer les autres. Surtout dans notre communauté, je pense qu’il faut avoir le respect pour nos prédécesseurs et le travail qu’ils ont accompli notamment en nous ouvrant certaines portes. Nous pouvons bénéficier de leur expérience pour à notre tour se faire une place à leur côté. Ce n’est pas ma motivation première mais évidemment au plus haut je pourrai être au plus haut, je pourrai porter mes idées. Pour l’instant, je me concentre sur mes responsabilités en tant que président de section locale et c’est d’autant plus important que les prochaines échéances électorales auront lieu déjà dans un peu plus de deux ans. Après le reste dépendra notamment du parti s’il m’accorde la confiance pour être sur les listes lors des prochaines échéances électorales et ensuite de mes concitoyens s’ils trouvent mes idées intéressantes et qu’ils m’accordent à leur tour leur confiance.

Quelques noms d’autres jeunes Afros engagés en politique  et n’appartenant pas au Cdh ?

J’ai envie spontanément de citer trois jeunes Bruxellois que je connais bien, que je croise régulièrement et qui ont au moins une qualité commune qui est d’avoir une présence accrue sur le terrain auprès notamment de différentes associations :

  • – Richard Ishema (militant Ecolo)
  • – Mostefa Lotfi (conseiller communal PS)
  • – Siméon Ndaye (militant MR)

Je suis sûr d’ailleurs qu’ils seront heureux de répondre également à vos questions.

Au-delà de la Belgique, quelle est l’actualité qui vous a le plus marqué ? Et dernier livre que vous avez lu ?

Je m’intéresse également à l’actualité politique sur le continent africain. À ce propos, je voudrais saluer le processus électoral transparent et la transition pacifique qui s’en est suivi lors des récentes élections présidentielles au Bénin. Au vu de ce qui se passe ailleurs sur notre cher continent, J’ose espérer qu’à l’avenir de tels exemples serviront de modèle et d’inspiration. Au niveau des livres, je suis actuellement en train de lire les deux livres suivants :

– le premier est intitulé « AFRICA UNITE »  de Amzat Boukari-Yabara ; tout simplement pour en savoir plus sur le panafricanisme et ses origines…je ne l’ai pas encore terminé mais je le recommande déjà à tous ceux qui s’intéressent à la question.

– Le deuxième s’intitule « Le sens du politique » de Laurent de Briey ; je le recommande à tous ceux qui comme moi souhaitent approfondir leur connaissance sur l’humanisme démocratique !

Le dernier livre que j’ai lu et terminé a fait l’actualité il y a quelques temps et a même été à l’origine de certains mouvements ; il s’agit de « indignez-vous » de Stéphane Hesssel qui défend l’idée selon laquelle l’indignation est le ferment de l’esprit de résistance. Je cite « Les raisons de s’indigner peuvent paraître aujourd’hui moins nettes ou le monde trop complexe. (…) Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes: cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire ‘Je n’y peux rien, je me débrouille’.

INFOS PRATIQUES

Page Facebook Marius Ndolimana

Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis ce jour, j'ai découvert, à l'instar de ce qu'invite à faire Frantz Fanon, ce que serait désormais ma Mission ici-bas...

Mama Ayaba