Kamita Magazine

Itw Politique : Maman Laetitia Kalimbiriro, son marathon contre les inégalités sociales

Focus sur Laetitia Kalimbiriro. Militante engagée au Parti Socialiste belge.

Ce mois d’avril, Kamita Mag fait la part belle aux Hommes et Femmes Afro-Politiques belges. Focus sur l’un des visages discrets qui compte parmi les nombreux Talents Afro-Engagés du plat pays. Femme de conviction, rebelle dans l’âme, d’origine congolaise, de son nom Laetitia Kalimbiriro, on l’appelle aussi très affectueusement : Maman Laetitia.

Du latin Politicus, du grec Polis qui signifie « Cité », nous nous sommes inspirés du nom égyptien « Papyrus », pour nommer cette rubrique spéciale axée sur des Hommes et Femmes Afros, engagés en Politique. Chaque mercredi ou jeudi, sera mis en lumière, par une interview, une personnalité politique Afro, quel que soit le parti politique d’adhésion. Très souvent l’on accuse les responsables politiques, à tort ou à raison, de n’apparaître qu’à l’approche des élections.

Un reproche qui s’il contient quelques raisons justifiables, ne suffit tout de même pas à jeter l’anathème sur l’ensemble de toute une corporation. C’est dans ce sens que Kamita Mag s’engage durant un mois à faire le pas vers ces Responsables Afros-politiques belges. Sachant que les prochaines élections seront en 2018, l’objectif est de leur donner la parole dès le départ afin d’évoquer divers points qui toucheraient à la fois la sphère privée, vie de famille, professionnelle, parti politique, et sociale. Grand Angle sur Maman Laetitia !

Rencontre

Laetitia Kalimbiriro, un mot sur votre fonction ?

Je suis Attachée à la Direction Générale de la Carrière du personnel enseignant, Fédération Wallonie-Bruxelles. Mon travail consiste entre autres à la gestion des dossiers des futurs enseignants soient qu’ils viennent du secteur privé ou public. Les-dits dossiers sont examinés avant d’être passés en commission et le Ministre de l’Enseignement Supérieur les validera par la suite.

Avant d’aller plus loin, bref retour sur les événements du 22 mars 2016 qui ont touché Bruxelles…

Vous parlez certainement des attentats à la bombe qui ont eu lieu à l’aéroport international Zaventem et dans le métro bruxellois. Dramatique ! C’est l’adjectif qui me vient à l’esprit quand j’y repense. J’ai vécu ces moments dans ma propre chair. Ici au bureau, un de nos collègues compte malheureusement parmi ces innocentes victimes de l’horreur. (elle cherche ses mots) Des personnes sont mortes…

Pourquoi ? Aurait-on pu arrêter le drame avant qu’il ne se produise ? Que faire pour que nous n’ayons plus à revivre pareils événements ? Autant de questions sans réponses encore. Ce que je sais c’est que cette actualité appelle à une introspection générale, à la responsabilité collective. Comment faire afin que chacun à son petit niveau se questionne : quelle est ma part ? Puis, bien qu’étant engagée en politique, je crois qu’il y a une énorme responsabilité des pouvoirs politiques, tous y compris le parti auquel j’adhère. Nous devrions nous regarder en face.

Quelle est votre place au sein du jeu politique de votre parti ?

Je suis militante du Parti Socialiste depuis 20 ans. Militante, engagée, je tiens à le préciser ; Engagée, et ce n’est pas un vain mot à mes yeux. Car sans juger quique ce soit, malheureusement en politique l’on dénombre aussi une part importante de militants alimentaires qui ne s’engagent que pour des avantages précis. Et lorsque ces avantages ont disparu, ils claquent la porte. Moi, je dis ce que je ressens, avec mes émotions, même si parfois ça peut heurter certaines sensibilités.

Par exemple j’évoque assez souvent le racisme Maghrébin-Subsaharien qui à mon sens n’est pas assez débattu. À Molenbeek, commune que je connais très bien, en été des gosses ont déjà eu à me traiter de « Aze ». Qui signifie en arabe : esclave. Je parle bien là de gamins. Ca, c’est un racisme qui fait mal, très mal… Sur le plan professionnel, j’ai également eu à faire à certaines personnes qui m’ont manqué de respect, juste parce qu’à leurs yeux je n’étais qu’une femme, une femme et Noire de surcroît. Il faut qu’on ait le courage de parler de ce racisme-là aussi.

Les politiques sont parfois accusés d’opportunistes ou démagogues qui ne paraissent à la population civile qu’à l’approche des élections. Qu’en pensez-vous ?

Personnellement, ce n’est pas mon cas. Je suis avec les gens au quotidien. Dans mon secteur d’activité, je suis amenée à rencontrer énormément de personnes de toutes origines et milieu social. Mais je sais que ce que vous me décrivez existe et ce n’est pas totalement faux. Par contre, si être vue doit signifier être présente dans n’importe quel événement où c’est plutôt le caractère bling-bling, strass et paillettes qui sont mis en avant, laissez-moi vous avouer que vous m’y verrez très rarement. Mon combat de Femme est ailleurs.

Mon combat de Femme est de soutenir les enfants en Afrique. Être aux côtés de la Femme Africaine afin qu’elle devienne autonome et qu’on donne aux petites filles en Afrique les mêmes chances de réussite dans leurs études, qu’aux garçons.

Un problème d’ordre ethnique né en Afrique opposant parfois Congolais et Rwandais s’est au fil du temps expatrié en Belgique. L’on peut parfois remarquer sur les réseaux sociaux ou dans le quotidien de la rue, certains propos et comportements xénophobes inter-africains. Où cela peut-il nous mener ?

Je ne vous parlerai que de mon expérience personnelle sur ce sujet. Pour les Congolais, dès lors que tu ne parles pas le Lingala, tu peux être vite « traitée » de Rwandais(e). Moi je suis de la Région de Bukavu. Ici en Belgique la communauté congolaise vote en grande majorité pour ceux qui viennent de Kinshasa. D’un autre côté, je ne bénéficie pas énormément de voix de la communauté congolaise parce que mon discours ne cadre pas très souvent avec certaines attentes que je considère comme futiles.

Vous savez ? Il est établi officiellement par les Nations unies que le Rwanda a occupé militairement une partie de l’est du Congo pendant plusieurs années et qu’il y a pillé des ressources minières stratégiques, que son armée et des « rebelles » fabriqués par Paul Kagame ont massacré et violé des Congolaises et des Congolais. Pour autant, je ne comprends vraiment pas pourquoi les Congolais devraient systématiquement haïr les Rwandais qu’ils soient de Belgique, de RDC ou d’ailleurs. Car, eux aussi ne sont que victimes du système politique de leur État, victimes des politiques coloniales et postcoloniales.

Mon discours établit la différence entre les décisions des chefs d’Etat et la population qui n’a pas le pouvoir de changer ce qui a été decidé, c’est ce qui contribue à me mettre à l’écart d’une partie de la communauté congolaise qui interprète cela comme un parti-pris en faveur de l’ennemi public numéro un du Congo. Durant les élections, sur le terrain, combien de fois n’ai-je pas eu droit à de désagréables surprises venant de Congolais, lorsqu’à la lecture de mon nom Kalimbiriro, ils ont poussé des soupirs niais : « C’est une Rwandaise. Elle n’est pas Congolaise »… Ce qui traduit évidemment d’une part une ignorance de leur propre culture congolaise, mais également un profond sentiment de rejet engendré par la politique de l’homme fort du Rwanda au Congo. Voilà donc ce à quoi je dois faire face en tant que Femme Politique Afro. Du pain sur la planche pour déconstruire autant les stéréotypes Blancs-Noirs, que Maghrébins-Subsahariens et Congolais-Rwandais.

Votre regard de l’Associatif Afro-bruxellois ?

Il y a moyen de faire beaucoup mieux. Ce que je déplore beaucoup c’est cette impression que les uns et les autres se marchent parfois sur les pieds. Le nombre et la qualité sont pourtant présents. Il est possible et bien réalisable de parvenir à une synergie forte. Mais lorsque l’on constate qu’il y a encore de nombreux événements qui pour un même public ont lieu le même jour, je trouve que c’est de la désorganisation, du gâchis. Il nous faut être plus créatifs, innovants. Ainsi pour ma part, je me bats entre autres pour insérer la Littérature Africaine dans les programmes scolaires belges. En tant que mère, mon Engagement de faire découvrir ces Talents Littéraires Africains aux jeunes enfants belgo-belges et belgo-africains nés en Belgique mais n’ayant jamais mis les pieds sur le continent.

Parlant de Jeunesse Afro-belge et Identité…

Une fois de plus, je me répèterai probablement encore, mais là aussi les politiques sont responsables. On doit mettre en place des politiques anti-discriminatoires. Je suis lasse des politiques slogans. Sur ce sujet en particulier, place aux politiques contraignantes. Il est indispensable de donner la place qui devrait pourtant être la leur naturellement, aux enfants d’immigrés nés en Belgique. Ils doivent avoir la même chance que les enfants belgo-belges. Pour ma part, je suis pour la mise sur pied des quotas. Cela permettrait de rétablir l’équilibre même si cela ne fera disparaître totalement les injustices que subissent les enfants d’immigrés.

Vos futurs objectifs ?

Je me prépare déjà aux élections communales de 2018. Avec les événements du 22 mars dernier, attentats à la bombe à Bruxelles, il devient de moins en moins facile d’être étiqueté « Socialiste » à Molenbeek. Des représentants de partis politiques au pouvoir notamment le MR et la NVA, accusent injustement notre ancien bourgmestre socialiste d’être le principal responsable du développement de quelques groupuscules d’islamistes radicaux à Molenbeek. Malheureusement, ces accusations grossières sont répétées bêtement par un grand nombre de médias, et certains citoyens peu critiques y accordent foi.

Laetitia Kalimbiriro, votre mot de la fin, et le dernier livre que vous avez lu ?

J’ai l’intime conviction que construire un monde meilleur, un monde juste où chacun peut jouir des ressources de la terre est possible; à condition que les hommes, les femmes et les multinationales soient partants.

Pour le moment, je suis en train de lire deux livres : Le viol, une arme de terreur – Dans le sillage du Combat du Dr.Mukwege ; et : Histoire, conscience nationale congolaise et africaine – Hommage au Prof.Dr Gérard Pilipili Kagabo.

INFOS PRATIQUES

Obtenir le livre Le viol, une arme de terreur-Dans le sillage du Combat du Dr. Mukwege

Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis ce jour, j'ai découvert, à l'instar de ce qu'invite à faire Frantz Fanon, ce que serait désormais ma Mission ici-bas...

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