Kamita Magazine

Mode : en prélude au Concours Miss Beauté Multicolore de France, présentation de « L’Univers d’Awa »

Elle vit à Nanterre, âgée de 31 ans, française ayant des origines andalouses par sa maman, Léa est à l’origine de l’initiative : « L’Univers d’Awa ».

Ecrivain public de formation, elle travaille depuis 10 ans dans l’animation socio-éducative et culturelle auprès d’associations de développement local, avec une expérience institutionnelle au sein d’une structure intergouvernementale de la francophonie, située à Dakar.

En parallèle à ses activités professionnelles, Léa a toujours entretenu des liens étroits avec des organisations de Défense des Droits Humains, et notamment le Réseau Education Sans Frontières grâce auquel elle a pu parrainer plusieurs jeunes mineurs isolés. En janvier dernier, elle a participé à la création d’une délégation départementale de l’Association Les Berceaux de la Francophonie dans le 92, et en a pris la responsabilité bénévole. Celle-ci vise à promouvoir la francophonie au travers du prisme de la mobilité des étudiants internationaux, et considère ces talents francophones comme vecteurs de richesses partagées et de dialogue entre les cultures.

A côté de toutes ces choses bien stimulantes, la création de bijoux et d’accessoires est partie d’une vraie passion pour les tissus traditionnels et imprimés chaleureux d’Afrique de l’Ouest, passion largement amplifiée par ses années passées au Sénégal. De retour en France, elle a commencé à imaginer et réaliser des modèles simples et a ajouté peu à peu sa touche personnelle. « L’Univers d’Awa est une aventure incroyable », confie-t-elle. « Nous devons son développement fulgurant à des clientes et partenaires bienveillants, ouverts d’esprit et soucieux d’accompagner le travail artisanal ».

Entretien

Créations de L’Univers d’Awa, présentes au Multicolore Fashion Show Paris, du 12 février 2017

Vous avez été présente à la 1ère édition du Multicolore Fashion Show Paris du 12 février à l’Hôtel Hilton de la Défense. Comment cette soirée peut-elle être analysée sous le regard esthète de la Créatrice que vous êtes ? 

Quelle soirée ce Multicolore Fashion Show Paris 2017 ! Je m’en rappelle encore comme si c’était hier. Il s’agissait du premier défilé auquel nous participions et cela s’est organisé très vite. J’ai échangé régulièrement avec Colette Caron, organisatrice de l’événement, qui s’est rendue très disponible.

Complètement novice en la matière, je me posais un tas de questions auxquelles j’ai agréablement reçu les réponses. C’était très appréciable et cela m’a permis de me préparer au mieux. Le jour J, j’ai débarqué au Hilton de La Défense avec une valise remplie de mes petites créations confectionnées pour l’occasion (je ne travaille quasi-exclusivement qu’à la commande), c’était vraiment très impressionnant de voir tous ces professionnels, stylistes et collègues accessoiristes, modèles, maquilleuses et coiffeuses. J’ai passé l’après-midi dans les backstages à observer toute cette émulation.

En fait, c’est très pragmatique un défilé, chacun vient pour faire son job, avec beaucoup de concentration, ce qui laisse peu de place aux échanges et au lien. Ca, je dois dire que je ne m’y étais pas du tout préparée, ce qui a pu générer peut-être un peu de frustration…mais maintenant, je le saurai. C’était un vrai plaisir de voir mes réalisations prendre vie grâce aux magnifiques jeunes filles qui les ont si bien mises en valeur, et quel bonheur également de découvrir les talentueuses autres créatrices – avec un coup de coeur spécial pour Le Pagne de Sanyaa et Halie M !

J’en profite pour annoncer que L’Univers d’Awa sera également présent le 9 avril 2017, pour le Concours Miss Beauté Multicolore de France, et devrait venir compléter par des accessoires les tenues portées par différentes candidates. Par ailleurs, des modèles de bijoux encore inédits seront présentés dans la salle par quelques personnalités de la mode qui ont souhaité les porter pendant l’événement. Je remercie encore très vivement Colette Caron pour sa confiance.

Créations de L’Univers d’Awa au Multicolore Fashion Show Paris, 12 février 2017

En pré-interview, vous sembliez gênée de vous présenter sous l’appelation « Awa ». Est-ce parce qu’étant femme Blanche ? Quelle serait la gêne ?

En fait, ce prénom, Awa, c’est un peu de moi et beaucoup de quelqu’un d’autre. Lors de mon mariage coutumier au Sénégal, il m’a été demandé si je voulais choisir un prénom qui symboliserait mon entrée dans la communauté ethnique de mon époux. J’ai été enchantée de cette idée et la question ne s’est pas posée plus longtemps : ce serait Awa, comme celui de ma meilleure amie sur place, celle qui m’a ouvert ses bras et sa porte dès mon arrivée sans arrière-pensée ni contrepartie. Je ne connais pas l’histoire ancestrale de ce prénom, mais j’en maîtrise bien toute la portée religieuse et je sais qu’il peut s’écrire de différentes façons (Hawa, Haoua).

Awa représente la partie sénégalaise de mon projet, elle y occupe une place importante. Awa, c’est elle et c’est moi, d’où l’Univers d’Awa. Je ne me suis jamais présenté en tant qu’Awa mais mes interlocuteurs font spontanément un lien, ce qui est légitime quand on ne connaît pas le projet.

Lors de notre prise de contact, quand je vous ai précisé que je n’étais pas Afrodescendante, ce n’était pas du tout de la gêne. C’était plutôt une volonté de planter le décor de façon claire et sans ambiguité, vis-à-vis d’un média afro et de son lectorat, afin d’éviter toute forme d’incompréhension. Vous aviez d’ailleurs cru m’identifier sur une photo du Multicolore Fashion Show Paris 2017, alors qu’il s’agissait d’une de mes amies et modèles!

Comment pourrais-je être gênée du prénom Awa, qui fait partie de mon identité et de mon histoire avec l’Afrique depuis des années… Awa représente cette merveilleuse aventure de créations et de rencontres, il n’y a que du bonheur et de la fierté là-dedans !

Louise porte des anneaux assortis au Collier Aby / L’Univers d’Awa. Crédit Photo : Delphine Barrois

Dans cette « anormalité » sociétale, comprenez-vous que l’on s’étonne d’entendre résonner un nom à consonance Africaine pour une entreprise portée par une femme Blanche, tandis que des entreprises portées par des femmes Noires aux nominatifs occidentaux ne suscitent pas le même questionnement ? Responsabilités partagées dans chaque Communauté…

Vraiment, pour moi, il n’y a aucun soucis avec le nom. Mais parce qu’il n’y en a pas pour moi qui suis à l’origine du projet, je souhaite qu’il n’y en ait pour personne : il y a un effort d’explication et de communication à produire autour de l’Univers d’Awa, et je m’y prête volontiers. Je prends toujours la peine de préciser quelle a été ma démarche dans la construction de ce projet, et quelle est la réflexion qui m’anime. Après je sens très vite si l’histoire intéresse mon interlocuteur ou non…si ce n’est pas le cas, on passe. Il y a des clientes qui nous contactent pour acheter nos créations, et cela s’arrête là ; nous sommes dans une relation commerciale et l’Univers d’Awa c’est aussi ça, je l’accepte. Pour celles que cela intéresse, l’histoire créée un lien supplémentaire – et c’est ce lien-là qui me passionne.

Ce qui est amusant en revanche, c’est que le plus souvent, lorsqu’au moment de la rencontre (remise des commandes en main propre en région parisienne) il y a une surprise de la cliente qui s’attendait forcément à voir une créatrice Noire…c’est une cliente avec qui l’aspect commercial et direct de la vente avait pris le dessus. Une personne qui a regardé un peu la page, qui a pu y trouver des informations sur l’Univers d’Awa, au-delà des seuls articles et de leurs prix, qui a considéré les réalisations comme des créations plus que comme des produits, ne s’attend pas spécialement à rencontrer une Blanche, mais pas non plus à voir une Noire…elle s’attend à connaître une Créatrice, tout simplement.

Vous dites que la Création n’est pas encore une Profession mais plutôt une Passion pour vous. Sans en faire une Profession, vous sentez-vous tout de même définitivement l’Âme d’Artiste ?

Pour répondre à cette question, permettez-moi de raconter brièvement ce qu’est l’Univers d’Awa. Toute la phase de création est réalisée ici dans mon petit salon, avec l’aide de ma fidèle machine à coudre, mais…c’est une des dernières étapes. Les tissus avec lesquels je travaille sortent tous de la seule usine de production locale, en banlieue proche de Dakar ; c’est Mère Maguette, vendeuse au marché depuis plus de 20 ans, qui m’en prépare déjà une sélection grâce à un premier intermédiaire qui les lui propose.

Puis intervient Awa, dont j’ai parlé précédemment, qui choisit les coupons qu’elle me conditionnera et enverra. Moi, je n’entre en scène qu’à partir de là. Cette idée, cette équipe, cette organisation, je les ai construites avant de me lancer, pour deux raisons : la première et principale était que je n’envisageais pas un projet qui prendrait ses racines en Afrique et n’y conserverait aucun lien dans sa mise en place – le fait qu’il puisse y avoir des retombées économiques pour plusieurs familles sur place était juste primordial pour moi ! La seconde raison est qu’il était primordial pour moi de maîtriser la chaîne, y compris la provenance des tissus : malgré tout ce qu’on peut bien entendre sur le Wax particulièrement, il est important de réaffirmer qu’il existe des usines de production dans plusieurs pays d’Afrique, et que non, tous les tissus ne sont pas importés d’Asie (ou de Hollande) !

Par ailleurs, effectivement, la création n’est pas mon activité principale, et ce n’est pour l’instant pas prévu qu’elle le devienne, même si la vitesse à laquelle l’Univers d’Awa se développe fait réfléchir autrement. J’ai toujours été très manuelle et inventive, ça c’est sûr, mais c’est beaucoup plus récemment que j’ai développé la fibre entrepreneuriale, fortement poussée par mon mari, lui-même chef d’entreprise. Le commerce n’est pas mon domaine, mais je suis convaincue que l’on peut faire du business en conservant ses Valeurs. J’ai à coeur de placer l’Humain au centre de toutes mes activités, y compris celle-là ; c’est un vrai challenge. J’y ai vite pris goût et je retire chaque jour un grand bonheur de cet apprentissage…c’est tellement enrichissant !

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Chrystel porte un Sweat Surhya / L’Univers d’Awa. Crédit Photo : Delphine Barrois

Deux mots sont au coeur des événements de Colette Caron : Beauté & Multicolore. Quelle définition vous faites-vous de chacun ?

Pour moi la Beauté a trait à la Lumière, je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi que je l’appréhende. Je trouve que les gens ne sont jamais aussi beaux que lorsqu’ils sourient ; cela irradie leur environnement, c’est instantané. Au-delà de caractéristiques physiques, il y a des personnes naturellement solaires qui donnent envie d’aller à leur rencontre : ça, c’est Beau !

Quant à l’adjectif Multicolore…je dirais que je lui préfère Multicuturel. La culture d’une personne conduit à apprécier plus finement qui elle est, ce que ne permet pas le seul critère de couleur de peau. Pour vraiment s’intéresser à quelqu’un, comprendre comment et pourquoi il est celui qu’il est, il ne faut pas, je crois, s’arrêter à l’aspect physique : son patrimoine culturel et communautaire nous en dira tellement plus sur lui.

« La France est plus belle quand elle est Multicolore ». Entre Réalité, Rêve et Utopie, où situez-vous cette phrase qui est le Leitmotiv du Concours Miss Beauté Multicolore ?

Je crois que nous comprenons tous ce que Colette Caron a mis comme intention derrière ce slogan. Il faut s’appuyer sur des évènements de ce type, de grande envergure, pour ouvrir la discussion et amener au Dialogue. Ce qui m’intéresse, moi, c’est ce qu’on – je veux dire nous – en fait derrière.

Je travaille depuis l’âge de 21 ans dans l’animation sociale et je sais que ces temps de rassemblement sont des outils au service du mieux vivre-ensemble. Il y a une dimension politique à tout cela. Naturellement, il s’agit en premier lieu de faire découvrir des Talents, mettre en lumières des Potentiels…mais cela va plus loin. Tous ces moments de mise en présence les uns des autres, quelle qu’en soit l’origine (mode, loisirs, cuisine…), sont des prétextes : cela crée du lien social et contribue, l’air de rien, à faire tomber certaines barrières.

J’ai pour habitude de dire que l’Univers d’Awa me sert surtout d’occasion de parler et de faire parler de l’Afrique – en particulier de l’Afrique de l’Ouest car c’est celle que je connais. C’est le même principe. Il faut créer une accroche pour rassembler des gens, et se saisir de leur présence pour faire en sorte qu’ils se connaissent, qu’ils ne vivent plus seulement les uns à côté des autres mais bien les uns avec les autres.

Alors oui, la France est Multicolore, ça c’est une réalité ! Le défi, qu’il devient de plus en plus urgent de relever, est de mettre en synergie toutes ces couleurs. Ce n’est pas une petite idée, mais nous sommes un certain nombre à nous mobiliser, chacun à notre niveau.

Esmahane porte un Collier Penda et un Headband Lili / L’Univers d’Awa. Crédit Photo : Delphine Barrois

Pour finir, quels sont les projets à venir de l’Univers d’Awa ?  Et un dernier mot à l’endroit des Lecteurs et Lectrices de Kamitamag qui pour certains vous connaissent certainement déjà, pour d’autres, ils vous découvrent pour la première fois…

Nous venons de publier de nouvelles créations : lacets, ceintures, accessoires pour cheveux, qui viennent compléter les parures de bijoux et pochettes confectionnés avec des imprimés toujours renouvelés. Une collection capsule dédiée à la petite enfance est en train d’être finalisée et devrait sortir dans le courant du printemps. Cet été, les poids baoulé et les cauris seront mis à l’honneur… stay tuned !

J’invite celles et ceux qui souhaitent découvrir l’Univers d’Awa à visiter notre page Facebook éponyme, qui reste notre meilleur relais de communication. Les franciliens, venez nous rencontrer, c’est quand même le mieux.

Je rappelle que nous serons bel et bien présents au Concours Miss Beauté Multicolore le 9 avril prochain, puis participerons à plusieurs exposition-ventes en mai (Limay, Paris, Aubergenville, Nanterre)…toutes les informations seront naturellement mises en ligne.

Le dernier et non le moindre, Merci infiniment à Kamita Magazine pour l’invitation à répondre à ces questions si riches, et pour l’intérêt porté à l’Univers d’Awa.

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