Kamita Magazine

Un jour une Artiste, Adèle Belmont : maîtresse des envolées lyriques, la Martinique a un incroyable Talent

Génie des harmonies, Adèle Belmont caline chaque onde, chaque note. Elle est unique, elle est…Une ! Son langage, c’est celui du coeur. Et son histoire a commencé un soir sous la lune. A l’instar de bien d’autres, Adèle Belmont est une véritable Ambassadrice des Talents d’Outre-mer !

Originaire de la Martinique, Adèle Belmont vit à Paris. Elle aime le sport, le footing, la culture physique, le streching, la danse, le cinéma, la lecture, et faire la cuisine. Lorsque l’on lui demande quelle est sa plus grande qualité, c’est sans hésiter qu’elle répond : la persévérance. Son plus gros défaut ? Cette fois avec tergiversation, elle laisse cependant sortir quelques petites phrases, sourire en coin, subrepticement, à demi-mots : insolente, et capricieuse…Mais rarement.

RENCONTRE

En faisant un bref retour dans le passé, comment était la petite Adèle Belmont dans la cour de recréation ?

La petite Adèle était une enfant terrible ! Très dissipée, et insolente, Adèle faisait rire tout le monde à l’école et pas plus haute que trois pommes, voulait tout gouverner. Du moins c’est ce que l’on disait d’elle. Elle chantait debout sur les tables devant ses professeurs attentifs et charmés.

A quel moment la musique est-elle rentrée dans votre vie, et quand vous êtes-vous dit que vous voudriez en faire plus qu’une simple passion ?

La musique a toujours été présente à la maison ; mon père et ma mère chantaient, et nous nous retrouvions très souvent chez Maxo, Mon grand-père d’adoption, guitariste de créole Jazz. C’était une ambiance extraordinaire ; si les murs ont des oreilles, ils s’en souviennent encore certainement aujourd’hui.

Je veux surfer sur la lune, vibrer de tout mon corps et de toute mon âme…

Puis, à la mort de ma mère à l’âge de 8 ans, ma voix s’est éteinte. J’ai étudié le piano classique, continué mes études et suis entrée au Figaro Magazine en tant que stagiaire puis chef de publicité .

Le 4 mai 1990 jour de l’anniversaire du décès de ma mère, ma voix est revenue dans mon parking ; Et ce jour-là j’ai ressenti que, bien plus que ma voix, la musique était ma voie ! J’ai donc tout quitté, avec certitude, et foi ….

Issue de l’univers musical de l’Opéra, quand on sait que l’on cantonne encore aujourd’hui beaucoup d’artistes Antillais dans les « cases » zouk, reggae, dancehall, comment Adèle Belmont est-elle arrivée à ce mix d’influences musicales variées ?

Effectivement, je viens de l’univers de l’Opéra. Je crois que le monde dans lequel j’ai vécu, il faut peut-être rappeler que j’ai vu le jour, rue de Verneuil à Paris 7eme, y est pour une bonne part. Née dans le département 93, j’aurais été tout autre, avec des chances de faire du rap, du ragga ou autre. Des musiques que j’apprécie par ailleurs.

Pour parler de L’Opéra, j’aime cette beauté où tous les sentiments sont exacerbés. L’art lyrique vous permet de chanter jusqu’à l’extrême. J’adore ce sentiment de plénitude et, chanter en Italien, en Russe, Allemand ou latin, m’enthousiasme. Apprendre, toujours, apprendre !

La voix est conduite avec souplesse et discipline chaque jour. Tel un danseur faisant sa barre juste pour servir son cœur, puis du cœur à la voix sans frontières dans l’interprétation des œuvres. Le métissage musical vers lequel j’évolue aujourd’hui s’est bâti à coup de chocs musicaux.

1992 le Lyrique, je chante Mozart, Verdi, Strauss, Bellini sous la direction de C.Guiot, M.Bouvet, F.Macciochi de L’Opéra de Paris.

2007 le Gospel, je rejoins à Détroit la GMW (Plus grande convention Gospel des USA).

2010 le Jazz, avec le choc « So What « de Miles Davis.

Toutes ces influences réunies… Mes racines plurielles ont fait le reste. Je ne fais que rassembler tout ce que je suis dans mon ADN ; bref ! ma musique me ressemble.

Le tambour bèlè évoque le retour aux sources, mes racines. Le piano avec ses notes étoilées la rêverie, la lune, puis place à la danse…

Votre actualité artistique, la sortie de l’album : roots on the moon, racines moun. Que représente ce titre en particulier, et l’ensemble des chansons contenues dans cet album en général ?

Mon dernier Album « Roots on the moon , Racines moune», c’est le 3ème, il parle de mes racines, évoque la lune, pour ne pas oublier de rêver. On pourrait également dire qu’il est un petit peu autobiographique car le texte raconte l’histoire que j’ai vécue.

Je chantais Mozart à L’Oratoire du Louvre. Il était tard ; je suis descendue acheter une bouteille d’eau dans un restaurant qui diffusait sur les ondes » So what « de Miles Davis et là mes racines ont parlé, résonné et vibré. J’ai dansé en transe devant tous les gens attablés, embarqués dans mon délire. Puis je suis remontée terminer ma répétition et j’ai repris Mozart comme si rien ne s’était passé.

Quand j’y repense, c’est ce jour-là que je me suis sentie complète, sans vouloir cloisonner la musique. Je suis tout ! Classique, Gospel , Jazz, Créole, s’entremêlent dans ma musique. Roots on the moon , Racines moune est dédié à Vincent Vibrac et à Marie-Antoinette Séjean qui ont chacun trouvé le titre.

Différents paysages musicaux se dessinent au travers des Artistes riches de leur héritage multiculturel. Ils viennent de Cuba, des lilas, de la Martinique, de Nantes ou de la Guadeloupe.

Le quartet d’Adèle Belmont : Jibril Caratini au piano, Damian Nueva à la contrebasse et Gaet Allard à la batterie, ainsi que ses invités, Arnaud Dolmen au Tambour bélè, Mireille Gouffran au chant, José Privat à L’orgue Hammond, Yannick Cognet au saxophone, les arrangements pour la plupart de Thierry Vaton .

Ils partagent tous cette même flamme, cette vibration en harmonie et la joie de faire de la musique… Ensemble ! On retrouve le blues dans ma reprise de I Gotta right to sing the blues, la ferveur du Gospel dans Fos man ka mandé, le rythme avec Badadi Bada, surfin on the moon, Man lé misik

J’habite une blessure sacrée, j’habite des ancêtres imaginaires….

Crédit photo : Soorayen

Vous dites que cet album est aussi pour vous l’occasion de replonger dans les racines de vos ancêtres. Le tambour bèlè évoquant par ailleurs l’Afrique… Que représente ce continent pour l’Afro-Caribéenne que vous êtes ? 

En effet, cet album est une occasion de plonger dans les racines de mes ancêtres. L’Afrique, mon histoire, ma source …

Martiniquaise née à Paris , j’ai grandi en pension loin de l’univers créole. Mon voyage au Sénégal, plus particulièrement sur le bateau en direction de l’île de Gorée a été un éveil, une prise de conscience. Une blessure à vif ! J’étais dans la peau, dans l’âme de mes ancêtres.

tout au long de la traversée je n’ai cessé de pleurer de ressentir mon « Dé-Racinement »…bouleversée… Consciente de qui je suis, et de ma richesse.

Votre prochain concert aura lieu mercredi 19 décembre 2018 ; qu’avez-vous envie de dire aux lecteurs et lectrices de Kamita Magazine qui ne vous connaissaient pas encore afin de leur donner envie de venir vous découvrir et partager votre univers artistique…

 Chers lecteurs et lectrices de kamita Magazine, ce 19 décembre 2018 au Sunset-Sunside à Paris, je souhaite partager avec vous toute ma ferveur, vous faire vibrer, danser, vous émouvoir , vous faire surfer sur la lune… Être en résonnance avec vous !

Avant de terminer, que pourriez-vous nous dire d’une autre femme tout aussi atypique, rêveuse et battante comme vous : le Dr Marie-Antoinette Sejean. Une femme engagée, à l’origine de la création de l’Association Nutri-Créole… 

Marie Antoinette Séjean est mon amie. Une personne que j’ai tout de suite aimée. Femme d’une intelligence et d’un piquant extraordinaire, elle fait partie de ces personnes rares qui vous inspirent. Toujours en quête d’excellence !

Le titre en créole « Racines moune », c’est à elle que je le dois. Ce titre lui est dédié ainsi qu’à mon ami Vincent Vibrac pour le titre en anglais « Roots on the moon ». Elle a également préfacé le livret de l’album.

En voici un petit extrait : « Elle câline chaque onde, chaque note, chaque mot et chaque silence avec ce brin de folie qui transforme l’instant présent en un présent malicieux, passionné et ô combien merveilleux….. Envolées lyriques, rythmes jazz, caribéens, Gospel se côtoient et se séparent pour mieux s’entrelacer. »

Nutricréole fondé par le Docteur Marie-Antoinette Séjean est comme son nom l’indique, une association destinée à la santé ; mieux se nourrir à la créole. Plus de nutriments dans une alimentation plus qualitative que volumineuse. J’en suis la Marraine de cœur.

Pour finir, quel est le dernier film Afro que vous avez regardé ; le dernier auteur Afro que vous avez lu.

J’ai aimé le dernier film de Spike Lee, Blackkklansman qui a obtenu le Grand Prix du Festival de Cannes en 2018 sur un sujet grave du Ku klux Klan. Je suis en train de lire le dernier livre de Roland Brival, Un chef d’œuvre d’écriture : « Thelonius », un plongeon dans l’âme tourmentée d’un génie du jazz.

INFOS PRATIQUES

L’album « Roots on the moon, Racines moune » d’Adèle Belmont Quartet mis en distribution par Dom Music est en vente à la Fnac, Leclerc, etc. En digital sur toutes les plateformes de distribution :

Itunes : choix 1 & choix 2
Amazon
Deezer

Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis lors, est née ma mission de contribuer à la création de véritables ponts entre l'Afrique, les Diasporas Africaines et les Afrodescendants Ultra-marins. Kamita Magazine est l'outil média qui apporte sa pierre à cet engagement personnel.

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