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L’Edito de Fundji Benedict : rétrospectives, ces femmes Africaines qui ont marqué les Mémoires

Aoua Keita… Ce nom ne vous dit sans doute plus grand-chose et pourtant… Depuis 1962 se célèbre chaque 31 juillet la Journée Internationale de la Femme Africaine (JIFA). Une date historique, une journée de haute facture, mais qui, malheureusement, demeure méconnue et ne suscite pas le même engouement, particulièrement dans les pays africains, que la Journée Internationale de la femme célébrée chaque 8 mars à travers le monde. Avec Fundji Benedict, anthropologue politologue, rétrospectives de la Journée Internationale de la Femme Africaine.

L’idée d’une JIFA est en effet née à Dar Es Salam en 1962, portée par Aoua Keita (1912-1980), sage-femme malienne et militante anticoloniale. Membre du Rassemblement démocratique africain (RDA), elle devint députée en 1959, ce qui en fit la première femme d’Afrique francophone élue à l’Assemblée législative de son pays. Elle a été également la seule femme à prendre part, en 1962, à l’élaboration du Code malien du mariage et de la tutelle qui fut une grande avancée pour les droits de la femme au Mali.

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Après les indépendances, malgré les différences ethniques et linguistiques, les femmes de tout le continent africain ont senti la nécessité de conjuguer leurs forces, de travailler en synergie autour d’un idéal commun, celui de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la femme africaine et à son émancipation. C’est ainsi que le 31 juillet 1962 est mise en place la première organisation de femmes africaines dénommée « la Conférence des Femmes Africaines », laquelle, deviendra « l’Organisation Panafricaine des Femmes (OPF) ».  Suite à cette rencontre, la JIFA a été promulguée par les Nations Unies en 1962, avant d’être officiellement consacrée le 31 juillet 1974, lors du premier Congrès de l’Organisation panafricaine des femmes à Dakar.

Que de chemin parcouru

Première femme ministre en Mauritanie, Aissata Touré Kane est décédée le samedi 10 août 2019 à Nouakchott à l’âge de 81 ans.
En Afrique subsaharienne, des femmes exceptionnelles ont marqué l’histoire par leur engagement militant, social et politique. Souvenons- nous de Jeanne Martin Cissé (Guinée), première femme à présider le Conseil de sécurité des Nations Unies ; du Dr Hawa Abdi, première femme gynécologue de la Somalie et présidente de la Fondation qui porte son nom, offrant des soins gratuitement et gérant un camp humanitaire.

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De Aïssata Touré Kane, première femme ministre en Mauritanie, fondatrice de l’ Union nationale des femmes de Mauritanie, directrice de la revue «  Mariemou » consacrée à l’émancipation de la femme mauritanienne ; de Carmen Pereira , la première femme cheffe de l’Etat en Afrique et la seule dans l’histoire de la Guinée-Bissau ; de Richardene Kloppers qui fut la première institutrice noire de Namibie et ouvrit à Windhoek la première école multiraciale, déclarée illégale par l’administration de l’apartheid.

De Rose Lokissim, l’une des premières femmes à devenir soldat d’élite au Tchad ; de Jeanne-Marie Ruth-Rolland considérée comme la première femme candidate à une élection présidentielle africaine, sous les couleurs du parti républicain centrafricain qu’elle a fondé et dirigé, responsable des services sociaux dans les Forces armées centrafricaines  et ministre des affaires sociales, de la condition féminine et de la solidarité nationale.

Il est important de se souvenir du legs des femmes africaines qui ont été à l’origine de la JIFA

Catherine Samba-Panza, Joyce Banda, Ellen Johnson Sirleaf ou Aminata Touré aujourd’hui. Sylvie Kinigi, Ruth Perry ou Élisabeth Domitien hier. Ces Africaines ont un point commun : elles sont ou ont été présidentes ou Premières ministres.

D’Alda do Espirito Santo, femme de lettres et femme politique, figure emblématique de la lutte pour l’indépendance de Sao Tomé-et-Principe et auteure des paroles de l’hymne national ; de Melody Millicent Danquah, première femme pilote d’avion du Ghana; de Asli Hassan Abade « Calansida », première pilote dans la Somali Air Force, ayant participé au processus de réconciliation dans les années 2000 qui conduisit à la mise en place du gouvernement fédéral de transition de la Somalie.

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De Jeanne Ahou Siefer-N’Dri, première femme ministre de Côte d’Ivoire ; de Haissa Hima, première femme parachutiste du Niger ; de Eunice Adabunu, figure emblématique des Nana Benz au Togo ; de Elizabeth Mary Okelo, première femme directrice de banque au Kenya et fondatrice et première présidente du Kenya Women’s Finance Trust, une organisation de microfinance qui permet aux femmes d’accéder à des facilités de credit ; et que dire de Wangari Muta Maathai, surnommée « la femme qui plantait les arbres », militante politique et écologiste au Kenya, première femme africaine obtenir le Prix Nobel de la paix. Toutes ces femmes ont joué un rôle historique qui témoigne de la capacité de la femme africaine à conduire et réaliser les changements nécessaires sur le continent.

Ellen Johnson Sirleaf, ex Cheffe d’Etat du Libéria
Aujourd’hui, le leadership des femmes africaines, fruit de ce legs exceptionnel, s’affiche dans les cénacles économiques également avec l’ambition légitime de pouvoir contribuer à la consolidation de la démocratie et au développement durable du continent. Elles font preuve d’audace et se donnent les moyens de faire des études supérieures et briguent des postes de présidentes, ministres, chefs d’entreprise etc.

Elles s’imposent aussi dans l’échiquier politique, en se frayant un chemin dans les instances de décision. Autant de responsabilités qu’elles conjuguent avec une vie d’épouse, de mère et de femme leader dans un monde glocalisé qui évolue constamment.

S’il est vrai que depuis 1974, les droits des femmes en Afrique ont connu une évolution importante, notamment avec la ratification de nombreux instruments régionaux visant à protéger les femmes, tels que :

 le protocole additionnel à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples relatifs aux droits des femmes en Afrique, communément appelé « Le Protocole de Maputo », adopté le 11 juillet 2003 par l’Union Africaine à Maputo, au Mozambique et entré en vigueur en novembre 2005.

 la Déclaration Solennelle pour l’Egalité de Genre en Afrique adoptée par les Chefs d’Etat et de Gouvernement des Etats membres de l’Union africaine, en Juillet 2004 à Addis Abeba (Ethiopie)

 la Charte africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance adoptée le 30 janvier 2007,

 le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux personnes âgées adopté le 31 janvier 2016,

 le protocole relatif aux personnes vivant avec un handicap.

 l’Acte additionnel relatif à l’égalité de droits entre les femmes et les hommes pour le développement durable dans l’espace CEDEAO, adopté le 19 mai 2015 lors de la 47 ème  Session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement tenue à Accra au Ghana.

Surnommée « la femme qui plantait les arbres », Wangari Muta Maathai, militante politique et écologiste au Kenya, première femme africaine obtenir le Prix Nobel de la paix.
Toutefois, cet arsenal juridique ne semble pas suffire. Les femmes en Afrique font encore l’objet de nombreuses discriminations d’un point de vue socio-culturel mais aussi émanant parfois de législations nationales. Elles sont encore sous représentées dans les instances de décisions et restent les principales victimes des violences basées sur le genre.

Il est donc important de se souvenir du legs des femmes africaines qui ont été à l’origine de la JIFA. Chaque année, cette journée du 31 juillet devrait être l’occasion de maintenir allumée cette flamme de l’engagement, du dévouement et du leadership des femmes africaines, afin que les futures générations puissent relever tous les défis que la promotion et la défense de leurs droits sur le continent leur imposent.

Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis ce jour, j'ai découvert, à l'instar de ce qu'invite à faire Frantz Fanon, ce que serait désormais ma Mission ici-bas...

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