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Diasporas, l’Afropéanité sur le gril : peut-on parler d’identité ou plutôt d’une culture afropéenne ?

Les réflexions et débats autour des Diasporas Afros et de leur impact dans leurs différents territoires de résidence, sont de plus en plus nombreuses. L’une des plus récurrentes qui oppose bien souvent différentes parties concerne le choix de l’utilisation de l’adjectif « Afropéen(ne) ». Alors, quel est-il ? Que devrait-il signifier ?

L’usage du vocabulaire « Afropéen(ne) » aurait-il davantage un sens réel s’il définit la mixité entre la culture du pays d’origine et la culture du pays de résidence ? Autrement dit, lorsqu’on évoque des éléments culturels, pourrait-on plus aisément parler d’Afropéanité ? Par exemple, telle marque Afro qui se présente comme Afropéenne, les fondateurs de la marque vivant et baignant dans la culture européenne pensent-ils juste en présentant leur marque comme Afropéenne ?

Et si l’on convient que se basant sur les éléments culturels, l’on puisse usiter le vocabulaire « Afropéen(ne) », serait-il tout aussi véridique de se présenter en tant que citoyen Afropéen, parce que l’on est d’ascendance africaine et vivant en Europe ?

Nous avons posé cette question à diverses personnes aux différents parcours ; je vous invite à lire ces points de vue. N’hésitez pas à partager le vôtre en commentaire sous l’article, et partager également l’article.

ILS/ELLES ONT DIT :

Leonora Miano – Ecrivaine, « Afropeanité, entre sociabilité et désir »

Leonora Miano, Ecrivaine-Romancière, engagée sur les questions des Diasporas Afros

(…) Lorsqu’on propose aux français de souche africaine de se dire Afropéens (AfroEuropéens), leur réticence est vive. Les Afropéens se perçoivent comme des non-européens, exilés en Europe. Ils rêvent d’une Afrique où ils ne vivront jamais, se décernent des trophées Afro-Caribéens. Et contre toute logique, c’est ici, en France, que naissent leurs enfants.

Isabelle Félicité – Cheffe d’entreprise, Fondatrice de La Fabrikawax

La culture fait partie de l’identité. Un Afro descendant qui est né ou a grandi en Europe, accède à une culture différente de celle qu’il aurait reçu en terre mère. Donc son identité est teintée de cette culture. Qu’il l’intègre ou qu’il la rejette, elle est présente en lui. Et l’on peut parler d’une culture dans la culture, Afro européenne en terre Européenne. Puisque inversement le fait d’être en Europe mais d’avoir une culture Afro ne peut pas gommer cet état de fait : être un Afro. Pour résumer, je dirais qu’il y a une culture Afro européenne qui fait partie intégrante de l’identité des Afropéens.

Oury Diallo – Chef d’entreprise, Fondateur ODK Consulting

Selon moi, l’Afropéanité ne peut être une identité, en ce sens que ce n’est pas quelque chose qui doit définir les personnes concernées. En effet, étant né en France et y ayant grandi, je pense plutôt que le fait d’être afropéen est un atout car cela me permet de posséder une double culture, une double éducation qui me donnent la possibilité d’apporter une vision différente des choses, que je sois en France ou en Afrique. Etant guinéen d’origine, le fait d’avoir grandi en France me permet de prendre de la hauteur sur mes projets en Afrique et de contribuer à débloquer certaines situations. Pour moi, un Afropéen est quelqu’un qui a conscience de la force que lui confère cette double culture et qui a également une envie profonde de partager avec le continent africain ce qu’il a appris.

Marie Chantal Uwitonze, présidente ADNE – African Diaspora Network in Europe 

Marie Chantal Uwitonze, Cheffe d’entreprise « Mach Consulting », Présidente de l’ADNE -African Diaspora Network in Europe- à Bruxelles

L’idée d’une identité singulière me semble contradictoire au concept d’afropéanité qui suggère métissage de plusieurs cultures, celles des pays d’origine et des pays d’accueil. Il y a au moins deux identités « africanité » et « européanité » en plus des identités nationales. L’afropéanité est plurielle et interculturelle. Chaque afropéen se définit par son parcours, sa génération migratoire, son vécu, sa culture, sa langue.

Jamadl – Initiatrice « Art de l’Attaché du Foulard Mawé Tèt Missoro Headwrapping #AFMTMH

Quand on se renseigne sur l’existence et l’origine de ce mot les définitions sont multiples et sont à l’appréciation de l’utilisateur. Après réflexion et au vu du nombre de magazines depuis quelques années estampillées « Afropéens », il apparait que le dénominateur commun est l’identité des Noirs en Europe issue de la Diaspora Africaine ; Kama, Amériques, Karaïbes, Ocean Indien etc.

Un positionnement revendicatif ! Oui nous sommes des Afro descendant de par notre ADN mais pas que ; nous sommes des Européens ( Né(e) ou arrivé(e) en Europe) également et nous le revendiquons autant que nos origines, quel que soit le parcours de vie et surtout parce que nous vivons l’Europe au quotidien au travers de son système. Oui, l’Afropeanité est lié à l’identité. Même si selon moi, l’utilisation de ce terme tend davantage à subdiviser la communauté plutôt que de la fédérer.

Dreyfus Louyebo – Universitaire, membre de la Fédération des Travailleurs Africains de France et d’Europe

L’identité peut être définie comme l’ensemble des particularités constituées par un ensemble de personnes qui partagent une même histoire. Autrement dit, il s’agit de ce qui est commun à un groupe de personnes et c’est là tout le sens de la culture bien que contrairement à l’identité, cette dernière se transmet de génération en génération. De ce fait, il est donc tout à fait possible d’avoir une identité « Afropéenne » et ne pas en avoir la culture car la culture englobe les traditions, les croyances, les valeurs et les modes de vie. Or, on peut tout à fait être identifié comme faisant partie d’un même groupe « ethnique » et donc former une même identité et ne pas avoir les mêmes codes, les mêmes mœurs, les mêmes valeurs, et donc la même culture.

Dr Andi Nganso 

La culture afropeenne ne saurait exister dans la mesure où il n’existe pas une culture purement européenne. En plus c’est un terme qui écrase les spécificités et la beauté de nos différentes cultures répondant à une volonté d’assimilation. On devrait parler et renforcer nos identités : la “diaspora afrodescendante en Europe » est le terme mieux adapté pour nous définir. Nos identités sont riches et multiples ; les simplifications linguistiques renforcent l’ignorance qui règne en occident.

Dr Andi Nganso, médecin, Président Festival GOes DiverCity, Médecin Centre des Réfugiés de Bresso (Milan)
Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis lors, est née ma mission de contribuer à la création de véritables ponts entre l'Afrique, les Diasporas Africaines et les Afrodescendants Ultra-marins. Kamita Magazine est l'outil média qui apporte sa pierre à cet engagement personnel.

Mama Ayaba