Kamita Magazine
"L'Excellence Noire" : Kouokam Kamtchueng en appelle au Panafricanisme et à l'auto-détermination

« L’Excellence Noire » : Kouokam Kamtchueng en appelle au Panafricanisme et à l’auto-détermination

Parue en 2014, « L’Excellence Noire » est l’oeuvre écrite de Kouokam Kamtchueng, « Bamiléké de la zone Africaine que l’on appelle Cameroun », il réside la majorité de l’année à l’étranger et passe quelques mois dans son pays. Président de l’Organisation Kemwana, guidé par une conviction forte panafricaine, il déclare sans hésitation que le panafricanisme est l’unique voie qui sauvera l’Afrique. Découverte !

Rencontre

L’Excellence Noire ! Tout d’abord, Kouokam Kamtchueng, pourquoi avoir voulu écrire ?

L’Excellence Noire est parue en décembre 2014 déjà. J’ai écrit ce livre parce que c’était le bon moment, c’est-à-dire que j’avais la maturité nécessaire et les connaissances nécessaires pour cela. Mais je n’arrivais pas de nulle part, puisque j’écris depuis mes 15 ans des textes dans des carnets qui correspondent à mes réflexions du moment.

Votre oeuvre permet de se questionner concrètement sur une problématique claire : que souhaitons-nous pour la communauté Noire ? Ce à quoi vous répondez…

Ce que nous souhaitons, c’est le panafricanisme. Et l’Excellence est la clé. Excellence et Panafricanisme permettront à notre monde de vivre dans une relative sécurité. Soit nous continuons d’attendre d’hypothétiques et souvent éphémères (puisque parfois assassinés ou emprisonnés) leaders, soit il convient de faire en sorte d’augmenter le degré d’Excellence général de la population.

J’ai écrit ce livre parce que j’ai fait le constat que dès qu’un leader disparaissait, tout son travail disparaissait avec lui et la population se remettait à «errer» comme des perdus dans un desert. Nous nous comportions comme des enfants ayant perdu leurs parents dans la foule, et à cause de ça trop d’entre nous étaient/sont prêts à tenir n’importe quelles mains, même celles de leurs pires ennemis. Il fallait donc changer cela en faisant de chacun le leader de sa propre vie, et essayer d’apporter un socle commun à tous. Je crois l’avoir réussi dans ce livre qui devrait être possédé par n’importe quel Afro-descendant dans le monde.

Par ailleurs, certains points de vue divergents vous reprocheraient d’abonder dans un panafricanisme qui prône la supériorité de la « race » Noire au détriment des autres. Est-ce bien là le fondement de l’idéologie panafricaine ?

Étant donné que nulle part dans mon ouvrage, chacun pourra le vérifier, il n’est question de supériorité raciale, je considère que ces critiques sont nulles et non avenues quels qu’en soient les auteurs. L’Excellence est un concept adaptable pour n’importe quel humain sur terre. Moi je l’ai juste adapté au monde Panafricain.

L’autre pan de désaccord qu’auraient eu d’autres lecteurs c’est dans le sens où l’oeuvre aurait effacé les populations maghrébines de l’idéologie panafricaine. Quand on sait le feu Guide Libyen Kadhafi ayant joué un grand rôle pour l’autonomisation de l’Afrique, dites-nous si cette autre accusation est-elle fondée ? Quelle analyse faites-vous de la place des maghrébins dans le Panafricanisme.

Il est important de préciser pour commencer que le Panafricanisme n’a pas officiellement débuté sur le continent Africain, mais dans les communautés d’Africains déportés. Et quand ils ont commencé à se tourner vers le continent Africain, se tournaient-ils vers les populations de l’extrême nord ou vers les autres ? Il faut être cohérent. Citez-moi les liens (qu’ils soient culturel, historique, religieux, dramatique, ou tout ce que vous voulez) reliant un Guadeloupéen à un marocain, ou un Jamaïcain à un Egyptien. La réponse, tout le monde la connait, aucune. Par contre, on  se rend compte que si des Haïtiens et des Gabonais s’asseyent à une même table, en discutant ils seront surpris des passerelles qui existent entre eux.

Mais même sans traverser l’atlantique on peut constater la même chose. Ça ne signifie pas que les hommes ne peuvent pas échanger dans la paix malgré leurs différences. Etant donné que le Maghreb se situe sur le continent Africain, nous devons essayer de faire en sorte que cette cohabitation se passe bien de part et d’autres. D’ailleurs, les Noirs sont- ils en sécurité dans le Maghreb ? On connait tous la réponse. Vous savez, le monde est tellement peu habitué à entendre des Africains penser et parler de façon indépendante, parler d’auto-détermination, que beaucoup en sont choqués. Mais ils devront apprendre à faire avec, parce que les panafricains déterminés ne feront pas de compromis.

En quoi le Panafricanisme selon vos propos est : « la seule solution pour le monde Noir » ? Et parlant du monde « Noir », ne faites-vous pas l’amalgame avec les termes « Afros » ou « Africains » ? Autrement dit, l’indien Noir se sent-il réellement proche du Panafricanisme ?

C’est une union sur des facteurs logiques comme l’histoire, la culture, etc. Le panafricanisme est l’opposition du morcellement. Et nos ennemis puissants et coordonnés n’attendent que ce morcellement. Ils attaquent une partie, puis une autre et ainsi de suite, parce que ces parties ne savent pas constituer un bloc farouche. Seul le panafricanisme peut corriger cela. J’utilise le mot «Noir» dans le langage commun, c’est-à-dire en parlant des populations Afro-descendantes, pas uniquement d’un point de vue physique. Pour moi la couleur de peau n’est qu’une caractéristique parmi d’autres, et à elle seule elle ne devrait jamais être prise comme un élément d’identité. Donc si je devais parler des peuples à peaux sombres où qu’ils soient sur terre, je parlerais de mélanodermes et non de Noirs.

L’on sait que les arts martiaux jouent aussi un rôle essentiel dans la démarche ou la lutte panafricaine…

En effet, j’abonde bien dans votre sens. Le sport et les arts martiaux en particulier apprennent à se connaitre. À savoir «ce qu’on a dans le ventre». L’entrainement physique dur vous apprend à repousser votre seuil de tolérance à la douleur, et à puiser au fond de vous-même pour recommencer encore et encore. Si vous saviez les discours, souvent aussi violents qu’incohérents, que j’ai pu entendre… Je crois que beaucoup de personnes sont frustrés et ne savent pas vraiment de quoi elles parlent. Discutez avec quelqu’un qui sait ce qu’est avoir mal physiquement comme un combattant, ou quelqu’un qui a vécu une guerre, des massacres, etc. Et vous verrez que son discours est souvent plus posé. Vous savez ? Je crois sincèrement que nous avons besoin de personnes avec la tête sur les épaules, pas de frustrés instables.

KEMWANA… En quelques mots ?

Kemwana est une organisation panafricaine qui s’est déjà engagée depuis 10 ans sur plusieurs fronts. Durant 3 ans, nous avons organisé des présentations de divers modules historiques et en lien avec le Panafricanisme. Nous avons aussi créé le calendrier panafricain qui est émis chaque année depuis maintenant 10 ans. Nous avons participé aussi à diverses actions ponctuelles que vous pouvez voir sur le site : www.kemwana.com.

Les objectifs à moyen et à long terme sont la création d’un club d’investissement, l’achat de terrains sur le continent, et la création d’entreprises locales. D’ailleurs, j’invite chaque lecteur à s’inscrire à notre newsletter car les choses vont aller très vite et le mythe qui veut que les Africains ne savent pas s’organiser va s’envoler définitivement. Là dessus, je rajouterai qu’il est temps de passer plus de temps chez moi qu’à l’etranger.

En tout cas, l’Excellence Noire a le mérite de sortir des chemins battus. Pour finir, Kouokam Kamtchueng, marcher à contre-courant, est-ce là le résumé de votre état d’esprit, votre combat panafricain ?

Le Panafricanisme c’est toute ma vie. J’ai eu la chance immense de naître là-dedans alors que d’autres découvrent tout cela à plus de 20 ans. L’Excellence Noire marche dans le courant de personnes pas ou peu aliénées et qui n’attendent pas de savoir ce qu’en penseront les ennemis pour faire ce qu’il y a à faire et dire ce qu’il y a à dire. En une phrase : je crois que ce livre est incontournable.

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Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis ce jour, j'ai découvert, à l'instar de ce qu'invite à faire Frantz Fanon, ce que serait désormais ma Mission ici-bas...

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