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Le viol, une arme de terreur : Maddy Tiembe pose son encre en résistance à la barbarie

L’asbl Lingeer a organisé le vendredi 22 avril 2016 une conférence littéraire dans le cadre de ses activités « Regard de femmes », événement qui met en lumière des femmes auteures africaines. Maddy Tiembe était l’auteure invitée de cette 17ème édition.

C’est dans les locaux du restaurant Kanodou, partenaire de l’association que s’est déroulée la rencontre de réflexion. L’occasion pour le public de découvrir Maddy Tiembe qui présentait ce soir-là l’ouvrage : Le viol, une arme de terreur – Dans le sillage du Dr.Mukwege

« À l’aube, j’ai été réveillé par des pleurs qui venaient du jardin. J’ai trouvé une gamine, qui n’a que 7 ans, recroquevillée derrière un buisson, du sang entre les jambes ». Voilà ainsi, le récit d’une scène que l’on peut qualifier d’« ordinaire » dans l’Est du Congo…On peut se le dire donc, le viol est un sujet qui n’est jamais facile à aborder, autant de manière orale qu’écrite. C’est pourtant l’exploit qu’a réussi à faire Maddy Tiembe, durant 90 minutes.

Depuis vingt ans, une violence inouïe frappe la région à l’Est de la RD Congo. Si toute guerre fait des ravages parmi les populations civiles, les femmes paient ici le plus lourd tribut. Une situation cauchemardesque qui a pris racine sur les collines rwandaises en 1994, l’année du génocide. Le viol y est devenu une véritable arme de guerre. Ce livre est un voyage au pays de ces femmes et enfants que des hommes brutalisent, violent, torturent, mutilent. Grâce aux regards croisés des auteurs, du romancier au médecin en passant par le journaliste ou le juriste, le lecteur trouvera des clés pour mieux appréhender ce phénomène effrayant. Si le tableau est noir, il existe néanmoins des signes d’espoir, avec des femmes debout, dignes qui par leurs actions et leur engagement sèment les graines d’un monde plus juste.

Regard de Femmes

Awa Sene Sarr, présidente de l’association Lingeer a pris la parole dès 19 heures pour remercier le public venu nombreux et les personnalités présentes à l’instar entre autres de : Monique Mbeka Phoba, Ghislaine Molai, Modi Ntambwe, Elena Matundu, Bwanga Pilipili, Annie Mokto, Nkos One Tam, etc. ; sans s’attarder, Awa Sene Sarr a ensuite passé la main à Laetitia Kalimbiriro, affectueusement nommée Maman Laetitia, femme militante, profondément engagée contre les inégalités sociales et pour la promotion de la femme africaine. Elle avait la lourde charge d’être la modératrice d’un rendez-vous de réflexion avec sur la table un sujet des plus poignants que l’on puisse avoir.

« Maddy Tiembe, je la connais dans nos combats. D’abord mère de 2 enfants, employée à l’Université Libre de Bruxelles. Mais sa vie active est davantage dans le militantisme, sur le terrain, plutôt que dans les bureaux ». En quelques mots, maman Laetitia a ainsi fait une brève présentation de l’invitée du jour. Cloturant son premier propos par une question à Maddy Tiembe : « pourquoi ne voit-on pas ton nom sur la 1ère de couverture » ? Il faut le dire, une question qui a été également reprise par d’autres intervenants.

En effet, la plupart ne comprenaient pas pourquoi Maddy Tiembe, au vu du travail de terrain qui est le sien et de son militantisme féminin, avait-elle été poussée plutôt en 4ème de couverture ; ce à quoi l’invitée a répondu avec la plus grande décontraction, toute en humilité et en sourire : « il fallait que des personnes encore plus connues que moi soient mises en lumière afin que le vrai combat soit su de tous. Mais je suis heureuse d’avoir apporté ma modeste contribution à cet ouvrage ». Pour un combat aussi grand, avoir la noblesse d’accepter qu’en tant que individu l’on puisse ne pas être mis en lumière au profit de ce pour quoi on lutte, c’est véritablement une marque de grandeur d’âme.

La deuxième thématique au programme de ce rendez-vous littéraire portait sur la Résistance de la Diaspora, face à ces actes barbares. Ce à quoi Maddy Tiembe dans un discours fort empli d’émotion a déclaré :

« Comment rester indifférente face à ces atrocités d’un autre âge? Les femmes congolaises installées en Belgique n’ont pas tardé à se mobiliser. Actions de sensibilisation, récolte de fonds grâce à des soupers moambe, interventions plus « politiques » pour amener le gouvernement belge à prendre des initiatives…Avec leurs sœurs de là-bas, elles partagent un même mot d’ordre; Résistances » !

INFOS PRATIQUES

– Les auteurs de l’oeuvre « Le viol une arme de terreur » –  In Koli Jean Bofane, Colette Braeckman, Guy-Bernard Cadière, Simon Gasibirege, Michèle Hirsch, Nathalie Kumps, Jean-Paul Marthoz, Thierry Michel, Hélène Morvan, Simone Reumont, Isabelle Seret, Maddy Tiembe et Damien Vandermeersch.

– Présidente de l’association Actions des Femmes pour le Developpement – AFEDE-, Maddy Tiembe participe à l’organisation de la Soirée Mwanbe. Soirée annuelle dont le but est de récolter de l’argent pour compléter les montants obtenus grâce aux diverses actions menées pour soutenir la scolarisation de 50 enfants à Goma au Kivu.

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