Kamita Magazine

Annie Mokto, écrire car les mots guérissent les maux

Annie Mokto a vu le jour dans une région où naître blanche de parents noirs est une catastrophe car la dépigmentation est tenue pour le signe d’une malédiction qui conditionne d’avance votre existence.

Dès sa petite enfance, l’innocente gamine Annie Mokto a connu les affres de la stigmatisation et de l’exclusion. Il lui a fallu des années – quasiment toute sa vie – pour se sentir peu à peu libérée de toute appréhension à même de plomber son désir de vie. Plus  que tout, elle espère aujourd’hui que le partage de son expérience permettra qu’à d’autres soient épargnés des déboires, des désillusions et des quiproquos qui ont gâché son enfance, son adolescence, ainsi qu’une partie de sa vie d’adulte.

Qu’est-ce que l’albinisme ? Quelles en sont les conséquences pour les personnes qui en sont atteintes ? Les réponses à ces questions, et à bien d’autres, se trouvent dans son livre Née blanche de parents noirs. Rencontre avec une femme debout qui a su transcender ses meurtrissures grâce à l’écriture. Elle espère, elle continue de se battre, elle rêve…

INTERVIEW

Bonjour Annie Mokto. C’est un réel plaisir pour nous de faire cette interview avec vous.

Bonjour et merci encore pour la confiance que vous me faites. Je m’appelle Annie Mokto. Je suis née il y a 36 ans au Cameroun. Heureuse maman d’une adolescente, j’ai cinq sœurs. Je vis en Belgique depuis 14 ans maintenant.

L’actualité qui vous concerne est la sortie de votre nouveau roman : née blanche de parents Noirs.

En effet, née blanche de parents noirs est une biographie, ma biographie. J’y parle de mon parcours calamiteux en Afrique avec pour fond l’albinisme. J’y  décris mes combats pour me sortir de cette détresse dans laquelle je m’étais retrouvée, j’y parle du combat que je mène pour les autres, mon espoir; un monde où la couleur de peau ne serait plus le signe d’une condamnation et cet espoir ne saurait se réaliser que par l’addition de nos volontés.

Pourquoi écrire ?

Honnêtement il y a encore dix ans je n’avais aucun diplôme, aucune formation, rien. En gros, j’arrivais à peine à étudier au Cameroun et la méconnaissance sur l’albinisme n’avait pas facilité mon accès aisé à l’apprentissage. Pourquoi j’écris? Car les mots guérissent les maux. Les mots m’ont sauvée et je suis devenue une passionnée des mots sans en être une professionnelle car les rouages de l’écriture s’acquièrent avec le temps. Ecrire est une passion. J’aime lire, j’aime écrire, je suis quelqu’un de très curieux sur le monde.

Écrire nourrit difficilement l’auteur(e). Vivez-vous de cette profession d’écrivaine ? Sinon que faites-vous dans la vie ?

J’ai eu la chance comme dit précédemment de découvrir, certes sur le tard mais il n’est jamais trop tard, les mots. J’ai ainsi pu terminer mes études secondaires puis les études supérieures et je continue à étudier. Ces études m’ont permis d’avoir mon emploi actuel dans une administration publique belge. Ceci ne veut pas dire que les livres ne se vendent pas! Ayant édité à compte d’éditeur, la grande partie du prix de vente revient à l’éditeur et outre le prix de vente du livre accessible (9euros), mon bonheur, ma vrai richesse est de pouvoir partager mon parcours de vie afin que ce que j’ai pu vivre, puisse servir de phare à d’autres qui vivent peut-être les mêmes situations actuelles par lesquelles je suis passée auparavant. Déjà, je tiens à remercier du fond du coeur toutes ces nombreuses personnes qui ont commandé le livre « née blanche de parents noirs ».

Le Courage de Fatou Diome m’inspire, ses mots me portent…

L’albinisme, venons-en… C’est un sujet sur lequel vous êtes profondément engagée.

Effectivement. Naturellement à ma naissance, je suis atteinte d’albinisme. Outre mon cas personnel, j’ai vu l’horreur autour des conditions de vie de nombreuses autres personnes, j’ai vu des images et vécu des situations indescriptibles qui m’ont menée à cette conclusion : il faut informer si l’on veut  rompre avec ces croyances erronées. Vous imaginez-vous… c’est inacceptable de voir le corps d’un bébé de six mois roué de machette. Inacceptable de voir ces êtres oubliés et abandonnés au nom de l’incompréhension. Ceci va bien au-delà de l’albinisme et pose la question des rapports des hommes face à la différence.

Le 28 janvier 2016, on avait pu voir une belle image entre Fatou Diome et vous. Que représente-t-elle à vos yeux ?

En effet, ce fut un moment fort pour moi pour diverses raisons. Cette femme dit tout haut ce que tant de gens ont envie de dire. Elle ne méprise pas, elle invite chacun à la réflexion et à prendre ses responsabilités. Oui, je l’admire car c’est une femme qui pousse vers l’avant. Partie de rien, avoir vécu des humiliations de par sa couleur et se battre pour le respect et la responsabilisation de tous rejoint mes aspirations. En Afrique j’étais discriminée car ma peau blanche due à l’albinisme n’était pas comprise. En Europe je ne suis pas prise pour une Africaine et donc pas discriminée. Ne nous trouvons-nous pas là en face d’une schizophrénie intellectuelle énorme ? Oui j’ai la peau blanche et non je ne suis pas européenne et oui ma naissance est la preuve que le racisme est idiot. Le courage de Fatou m’inspire, ses mots me portent.

Parlant de mots, quel est votre mot préféré de la langue française, et celui que vous appréciez le moins ?

Waouuuuhh ! Que répondre ici ! Je vais dire : « arc-en-ciel ». C’est un mot composé qui pris séparément ne voudrait rien dire ou encore traduirait une idée autre. C’est donc un mot original car en lui on retrouve toutes les magnifiques couleurs humaines. Il est beau l’arc-en-ciel… n’est-ce pas ? Je n’aime pas le mot guerre car il ne prend vie que dans l’horreur et ne conduit qu’au chaos.

Le nom du dernier livre que vous avez lu ?

Je suis actuellement en train de lire « inassouvies, nos vies » de Fatou Diome mais j’y mets un peu de temps car je suis en train de terminer mon mémoire dans le cadre de mon master et je plonge de temps à autre dans l’écriture de mon second livre.

INFO PRATIQUE

Page Facebook Née Blanche de parents Noirs

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