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Focus VIP: SEVERIN BOUATINI, l’écrivain doit inspirer confiance et être un modèle

Auteur prolifique, l’invité du jour a, à son actif, 09 livres. Ancien pensionnaire de l’ENA (Ecole Nationale d’Administration) de Côte d’Ivoire, en dehors de l’écriture Sévérin BOUATINI, occupe trois postes de responsabilité (Chef du personnel, Chef du Bureau des Entrées et Point Focal Communication) au Centre Hospitalier Régional de Yamoussoukro, la capitale politique de la Côte d’Ivoire. Il vient de sortir simultanément, trois livres. Dans cette interview, il s’ouvre sans détours à ses lecteurs et à ceux de Kamita Magazine.

Rencontre

Bonjour et merci de prendre part à cette interview pour KAMITA MAG. Tout d’abord, une question basique mais indispensable : qui êtes-vous SEVERIN BOUATINI ? Que faites-vous à part l’écriture ? Qu’est-ce que vous aimez faire à part écrire ?

Je suis Ecrivain Ivoirien originaire de Bondoukou dans le Nord Est de la Côte d’Ivoire. Je suis auteur de neuf livres dont deux collectifs. En dehors de l’écriture qui est une vraie passion, il convient de souligner que je suis un fonctionnaire. J’occupe trois postes de responsabilité (Chef du personnel, Chef du Bureau des Entrées et Point Focal Communication) au Centre Hospitalier Régional de Yamoussoukro, la capitale politique de notre pays, la Côte d’Ivoire. Alors quand je ne suis pas en séance d’écriture, je suis chez moi en train de lire ou sur internet. Il m’arrive souvent de sortir, car les histoires qu’on écrit sont généralement hors de notre maison.

On vous voit très actif dans le milieu littéraire ivoirien voire africain puisque vous n’hésitez pas à parcourir l’Afrique pour être à biens d’évènements littéraires. Dites-nous comment vous est venue cette passion pour le livre ?

Comme vous le savez, le secret de l’écriture est bien entendu la lecture. Alors ma passion de la lecture, qui s’est muée ensuite en écriture est née depuis les années lycée. Et je dois ma proximité avec le livre à mon professeur de Lettres de 3e au Lycée Moderne de Bondoukou, Monsieur THEO Charlemagne Athanase. Ce monsieur est un vrai passionné du livre. A cette époque-là, pendant ses temps libres, il passait de classes en classes pour parler de l’importance de la lecture aux élèves et les invitait par la même occasion à fréquenter la Bibliothèque du Lycée dont il était le responsable. Un jour, de passage dans ma classe de 5e il m’a épaté par son aisance langagière et sa verve. A la récréation, je m’étais empressé d’aller m’inscrire à la Bibliothèque. Depuis, je n’ai plus quitté ce lieu du savoir. Même aujourd’hui je surprends certaines personnes quand je leur dis que je suis inscris à la Bibliothèque Franco-Ivoirienne de Yamoussoukro. En somme, je dois en grande partie mon statut d’écrivain à ce professeur pour qui j’ai une grande admiration. Dommage que j’aie perdu ses traces après le collège. J’espère pouvoir le revoir s’il lit cette interview.

Nous l’espérons aussi. Quand avez-vous commencé à écrire ? Par quel auteur avez-vous été influencé ?

J’ai véritablement commencé à mettre sur papier mes histoires en 2012 à Niablé où j’étais en stage. Je ne sais pas si ma plume est influencée par un auteur spécifiquement. Mais j’avoue que j’ai beaucoup lu. De tous les auteurs que j’ai lus, je reste admiratif du géant philosophe Amadou Hampaté Bâ dont j’ai parcouru toute la collection. J’ai lu par trois reprises l’étrange destin de Wangrin. Je n’ai pas la prétention d’écrire comme lui, mais Hampaté Bâ reste le meilleur écrivain pour moi.

Parlez-nous, en quelques mots, de votre première œuvre littéraire.

DEUX HOMMES, UNE GROSSESSE est sorti au MASSA de 2014. C’était dans le mois de mars, je crois. C’est un recueil de nouvelles qui traite de plusieurs thématiques. L’histoire dont le livre porte le titre évoque la question du pardon. Et ce d’autant que l’un des personnages principaux a surpassé la trahison dont il avait été victime de la part de son propre frère qui avait eu l’outrecuidance de mettre sa femme enceinte. Le message était que si on peut pardonner une abomination d’une telle gravité, les Ivoiriens peuvent se pardonner. Il faut noter que l’œuvre était sortie après la grosse crise née à la suite des élections de 2010. C’était une manière pour moi de contribuer à la promotion de la paix à travers le pardon.

 Avez-vous obtenu les résultats attendus ?

L’accueil très favorable que le public a réservé à ce livre indique que le message qui y était véhiculé était accepté par les lecteurs d’ici et d’ailleurs.

 Vous avez lancé un concept dénommé la « DIPLOMATIE LITTERAIRE ». Ce qui vous fait beaucoup voyager. Récemment, vous étiez à Lomé à l’occasion de la 2e édition de la Foire Internationale du Livre de Lomé (FI2L). Vous étiez aussi en Afrique du Sud il n’y a pas longtemps, toujours pour le livre. Alors, c’est quoi « DIPLOMATIE LITTERAIRE » ?

 Mon concept « DIPLOMATIE LITTERAIRE » est né justement en Afrique du Sud à Prétoria où je participais avec deux autres confrères, au Festival International de la Francophonie. J’avais constaté que la littérature ivoirienne était totalement inconnue dans ce pays leader d’Afrique. Ce concept consiste donc à mener une offensive diplomatique littéraire hors de nos frontières en vue de faire la promotion de la littérature de notre pays à travers le monde. Cela exige donc que je fasse au minimum un voyage à l’étranger par un. C’est ce qui explique d’ailleurs mes voyages internationaux dans le cadre des foires et autres salons dédiés aux livres.

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Votre actualité est meublée par la sortie de trois livres. Il faut l’avouer, sortir trois livres en même temps, ce n’est pas donné à tout le monde. Pourquoi l’avez-vous osé ?

Je précise avant de répondre que la thématique évoquée dans les deux premiers, à savoir MÊME ALLAH CRAINT LES FEMMES et MÊME ALLAH CRAINT LES HOMMES est l’infidélité. J’avais d’abord écrit #Les hommes, un mal nécessaire# pour dénoncer l’infidélité des hommes. En écrivant pour évoquer celle des femmes, je suis tombé lors de mes lectures sur la Sourate 4 du saint Coran, sourate destinée aux femmes notamment en ses versets 15,25 et 34. Jetant un regard sur notre monde actuel, j’ai vu que c’est le contraire de ce qu’Allah exige qui est pratiqué. Aujourd’hui, la femme est tout aussi infidèle que l’homme. J’ai alors donné le titre MÊME ALLAH CRAINT LES FEMMES au livre. Parallélisme des formes exige, j’ai ensuite attribué le même titre au livre que j’avais déjà écrit sur la fourberie des hommes.

COUP DE FOUDRE A LOMÉ par contre, est un livre de reconnaissance aux organisateurs de la Foire Internationale du Livre de Lomé (FI2L), notamment au promoteur Steve BODJONA à qui je l’ai d’ailleurs dédié. Il faut dire qu’en novembre 2017, lors de la première édition de la FI2L, la Côte d’Ivoire a eu le privilège d’être le pays à l’honneur. Et notre délégation avait été si bien accueillie que j’ai sorti ce livre pour leur témoigner ma gratitude. Et comme, en 2018, je devais participer au nom de notre cher pays à la seconde édition de cette foire littéraire, j’ai fait coïncider sa sortie avec celle des deux ci-cités, car ce sont les trois livres que j’ai décidé d’y présenter.

 Les titres de vos trois derniers livres sont assez évocateurs : Même Allah craint les hommes, Même Allah craint les femmes, Coup de foudre à Lomé ! Pouvez-vous nous expliquer pourquoi de tels titres pour vos œuvres ? Pourquoi Allah, le créateur, peut-il être poussé à craindre ses créatures ?

Ne prenons pas le mot « craint » au premier degré. Ne faisons pas une traduction ou une définition littérale du mot « craint » s’il vous plaît. Ce à quoi je fais allusion dans mes livres est une sorte de déception de Dieu au regard des attitudes aberrantes de l’homme et de la femme dans le foyer ou même dans toute forme de relation amoureuse. Car dans la grande majorité des cas et pour plusieurs raisons, les partenaires ne respectent plus la promesse de fidélité qu’ils se promettent mutuellement au moment de s’engager de leur union. J’invite le public à ne voir en rien de blasphématoire dans ces titres. C’est juste pour les inviter à lire ces livres qui leur présentent des histoires pathétiques aux issues incertaines et incroyables. D’ailleurs, ceux qui me lisent depuis mon premier livre, savent que Séverin BOUATINI c’est avant tout, des titres, je ne dirai pas qui choquent, mais qui donnent vraiment envie de lire. (Rires)

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Quel(s) enseignement(s) tirer de vos œuvres en général et de vos trois derniers livres en particulier ?

En général j’écris des livres de sensibilisation. Mes livres phares dans ce domaine restent LE CRIME DU PROFESSEUR DJOUNGA qui sensibilise sur les risques des grossesses en milieu scolaire et LES PRISONNIERS DE LA FACILITE qui dénonce la fraude à l’école et donc qui fait la promotion de l’excellence.

COUP DE FOUDRE A LOME sensibilise sur les risques des relations qu’on bâtit sous l’effet d’une simple attirance. Quand deux personnes construisent précipitamment une relation qu’elles veulent sérieuse, c’est à dire, sans prendre la peine de se connaître mutuellement, cela aboutit généralement à des désastres. La vie de couple renferme moult exigences. La meilleure façon de les supporter est de savoir en amont avec qui on veut partager le restant de notre vie.

MEME ALLAH CRAINT LES HOMMES ET MEME ALLAH CRAINT LES FEMMES invitent à plus de responsabilité de chaque partenaire dans son engagement de fidélité. Vous savez que l’infidélité cause de nombreux dégâts tant émotionnels que sur l’équilibre même des foyers.

Alors, pour vous, quel(s) rôle(s) doit jouer l’écrivain dans nos sociétés actuelles, en proie à des guerres, à des famines, à des épidémies, à la décadence des valeurs morales et biens d’autres maux ?

 L’écrivain, le porte étendard de la société, la voix des sans voix, doit jouer un rôle de sensibilisateur et doit pouvoir conscientiser le peuple. Pour cela, il doit être objectif et impartial dans ses écrits. Il doit bien entendu, inspirer confiance et être un modèle.

Nous sommes à la fin de notre entrevue. Dites-nous ce que vous pensez de Kamita mag et donnez-nous votre mot de fin…

J’ai une énorme admiration et une sincère reconnaissance à votre magazine qui abat un travail formidable dans la promotion de la culture. J’avoue que j’aime très sincèrement votre travail. Je souhaite longue vie à Kamita Mag. A mes lecteurs, je voudrais leur traduire ma tendresse et ma sincère gratitude pour leur amour qu’ils me témoignent à chaque parution de mes œuvres. Je suis pratiquement en rupture de mes trois deniers livres. C’est génial. Qu’ils sachent que je les aime énormément.

Je leur souhaite enfin une agréable année 2019.

Profil Facebook Sévérin Bouatini

Interview réalisée par Elvis Ouffoué

Commentaires

Elvis Ouffoué

Libre penseur engagé pour la cause de l'humanité en général et de l'Afrique en particulier.

Mama Ayaba