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Géraldine Vovor, un arc-en-ciel pour une femme engagée

Fondatrice de Diaspora Got Talent, Géraldine Vovor est aussi à l’origine d’un concept qui a créé le buzz ces dernières semaines : l’Afro brunch. Focus sur une femme entrepreneure, discrète mais profondément engagée.

Géraldine Vovor, la trentaine toute fraîche, togolaise par son père et ivoiro-libanaise par sa mère, vivant en France depuis 2005, célibataire et sans enfants. Diplômée en communication publicitaire puis des sciences politiques, secrétaire générale de l’association One Cause et fondatrice de Diaspora Got Talent dont le projet AfroBrunch by G crée le buzz sur les réseaux sociaux. Géraldine Vovor est ainsi une femme discrète mais fondamentalement engagée. Vivant en France depuis plus de 10 ans, son combat est celui de toutes ces femmes afro-descendantes qui revendiquent une reconnaissance des Talents africains résolument ignorés, négligés, boudés par la presse traditionnelle occidentale.

RENCONTRE

Géraldine Vovor, vous êtes la Fondatrice de Diaspora Got Talent. De quoi s’agit-il concrètement ? Les raisons de sa création et quelle est sa finalité ?

L’idée de Diaspora Got Talent m’est venue en travaillant avec l’association One Cause organisatrice du concours Miss Côte d’Ivoire France. J’ai réellement pris conscience de l’existence de la Diaspora et des initiatives qu’elle met en place en intégrant le domaine associatif. À ma petite échelle, j’ai le profond désir d’améliorer les choses. Accroître la visibilité de cette Diaspora talentueuse, lui offrir des plateformes d’expression afin qu’elle puisse émerger via différents canaux. Aujourd’hui Diaspora Got Talent est une entreprise qui a pour ambition d’organiser pléthore d’événements dans plusieurs domaines pour justement multiplier les prises de parole de la Diaspora. Nous avons commencé avec l’AfroBrunch By G. mais nous avons encore plusieurs projets en cours d’élaboration.

Le projet Afro brunch qui fait partie de Diaspora Got Talent a créé le buzz dans les réseaux sociaux ces dernières. Explications de ce concept

Effectivement ce fut le cas ! Il faut dire je pense que nous étions plusieurs à être dans l’attente d’un tel événement. L’AfroBrunch By G. n’est pas un simple brunch comme on peut en faire régulièrement tous les dimanches entre amis ou en famille. L’AfroBrunch By G. est avant tout une opportunité offerte aux talents de montrer leur savoir-faire et ce dans tous les domaines. Se réunir une fois par mois dans un lieu cosy mais chic, découvrir dans ce cadre la gastronomie et la culture d’un pays africain différent à chaque fois, avec un buffet servi à discrétion, pouvoir s’y immerger, s’y projeter, écouter les musiques en vogue de ce pays, se rendre en Afrique le temps d’une après-midi, rencontrer et échanger avec d’autres personnes de cette nouvelle Diaspora, prendre la parole et présenter ses idées, ses initiatives, se créer du réseau tout en passant un moment convivial, c’est cela l’esprit et le concept de l’AfroBrunch By G. le rdv mensuel de la nouvelle Diaspora.

Pour l’occasion, le dimanche 28 février était organisé la 1ère édition de l’Afro brunch. Un bilan de cette journée ? Les retours ont-ils été positifs ? Les attentes comblées ?

Oui tout à fait, nous venons de réaliser notre toute première édition autour de la Côte d’Ivoire. Cette journée a été mémorable car beaucoup de personnes ont fait le déplacement pour affirmer leur soutien. J’en profite d’ailleurs pour les remercier de nouveau. Les retours sont plus qu’encourageants, le public a totalement adhéré au projet et est force de proposition pour les prochaines éditions. Son implication dans la mise en oeuvre de cet événement est à la fois inattendue et motivante. Nos attentes sont à 100% comblées du travail des prestataires aux talents qui nous ont fait confiance en passant par ces bénévoles qui se sont portés volontaires pour apporter leur pierre à l’édifice ! Une chose à dire notre équipe prépare de très belles surprises pour l’AfroBrunch By G. #2 !

De Johannesburg à Abidjan, en passant par Lomé, Accra, Yaoundé, Marrakech, Dakar… Vous êtes presque un pigeon voyageur. Finalement vous avez posé vos valises à Paris. Que vous ont apporté comme bagages tous ces voyages ?

Je suis fière de ces voyages ! Fière d’autant plus qu’il s’agit de voyages en Afrique. Aujourd’hui, je porte en moi plusieurs cultures. Aujourd’hui, je représente l’Afrique. Aujourd’hui mon esprit est métissé. Aujourd’hui je n’ai pas un horizon mais plusieurs horizons. Aujourd’hui, je prends la parole en tant qu’Africaine. Aujourd’hui, je suis une femme. Aujourd’hui, je suis en Europe, en France, je suis la Diaspora. Aujourd’hui, je suis la nouvelle Diaspora. Aujourd’hui, je suis en mouvement. Aujourd’hui, j’entreprends. Aujourd’hui, j’oeuvre à ma façon pour le rayonnement de l’Afrique. Aujourd’hui, je suis One Cause. Aujourd’hui, je suis LeaderEnElle. Aujourd’hui, je suis La Voix de la Diaspora. Aujourd’hui, je suis Diaspora Got Talent.

Une belle interview sur le magazine Cosmopolitan nous apprend aussi que malgré votre parcours académique exemplaire, votre destin n’était tout de même pas tracé. Première femme de votre famille à accéder aux études universitaires. Comment aviez-vous appréhendé ce poids, cette responsabilité ?

Je crois après l’obtention de mon baccalauréat que je n’ai même pas eu le temps de réaliser que je portais une telle responsabilité. Tout s’est passé si vite. À l’obtention de mon premier diplôme universitaire, lorsque je revint en Côte d’Ivoire, c’est là que j’ai compris que bien des espoirs étaient placés sur moi. Il ne fallait surtout pas décevoir et continuer sur ma lancée. Je n’avais pas droit à l’erreur, ni au moindre écart, on me citait en exemple lors des réunions de familles…moi qui n’aime pas attirer l’attention c’était raté. Pendant un moment, c’était difficile pour moi de l’accepter mais aujourd’hui, je vois les choses autrement.

Rien de tout cela n’a changé en réalité. Je fais toujours figure de modèle dans ma famille surtout avec la création de mon entreprise. Je me dis que si à mon niveau je peux en inspirer d’autres à faire comme moi et à me surpasser je serais fière et je me dirais à ce moment là que j’ai réussi ma vie. Qui plus est je suis l’aînée, alors je me dois d’être un modèle pour mes frères et soeurs. Ayant grandi auprès de ma mère je la sais fière et soulagée de voir sa fille épanouie dans une voie qu’elle se sera créée elle-même.

Vos ami(e)s disent de vous que vous êtes quelqu’un de discrèt. Discrète et pourtant pas inactive…

Oui, c’est vrai on peut le dire. La scène, les flashs ce n’est pas ce qui m’attire. Je suis plus à l’aise à l’ombre tout en servant les autres. D’ailleurs cela je pense ressort dans l’essence même de Diaspora Got Talent. Je ne le fais pas pour moi mais pour mettre en lumière la nouvelle Diaspora, celle en mouvement, la talentueuse.

Avant cette nouvelle aventure, je suis bénévole. Secrétaire générale de l’association One Cause qui existe depuis 2013. Avec cette association tous les ans nous organisons le concours Miss Côte d’Ivoire France. Élément important, c’est qu’il ne s’agit pas uniquement d’un simple concours de beauté. Certes le glamour à sa place mais nous exigeons de toutes les candidates qu’elles aient en plus des critères physiques de sélection un projet humanitaire à réaliser au cours de leur mandat. Après son élection, la Miss en titre est suivie et épaulée par notre équipe afin que son projet qui finalement est aussi un peu le nôtre se concrétise et se déroule au mieux. Nous y mettons un point d’honneur car notre mission avec One Cause est d’apporter un mieux-être aux populations démunies vivant en Afrique.

En parallèle, j’a eu la chance de pouvoir intégrer le réseau d’Afro-descendantes à haut potentiel « Leader En Elle » qui est un cercle de réflexion et d’action autour du double plafond de verre que représente le fait d’être une femme et Afro-descendante en France. À côté de cela, je prépare une nouvelle émission sur la radio « La Voix de la Diaspora » (uniquement disponible en ligne) pour relayer les parcours, les embûches et les réussites de la Diaspora Africaine.

Dans le même sens que le beau concept Afro brunch, on entend aussi beaucoup parler de Afro-cooking…

Je connais très bien l’Afro Cooking Magazine, le magazine de toutes les cuisines d’Afrique et d’Outre-mer bien évidemment ! Et je connais encore mieux son fondateur, Kossi Modeste. C’est quelqu’un de très vrai et qui sait reconnaitre la valeur et le potentiel en toute personne. Il a été l’une des toutes premières personnes a avoir cru en mon projet et à m’y encourager alors même que nous ne nous connaissions pas. Il a été présent à toutes les étapes et il a su me conseiller dans mes choix. Aujourd’hui il est partenaire officiel de l’AfroBrunch By G.

Dans ses réelles amitiés, Géraldine Vovor sait compter sur le soutien de Kossi Modeste, Fondateur Afro cooking, le 1er magazine des cuisines d’Afrique et des Outre-mer.

Et au sein de cette diaspora africaine parisienne, à côté de Kossi Modeste d’Afro cooking, quels autres visages d’entrepreneurs qui sont de fiers ambassadeurs de l’Afrique pouvez-vous nous citer ?

C’est très facile ! Je parle à qui veut m’entendre et à tout va de Tonje Bakang avec AfroStream, son succès est mérité. Son idée est simple mais fallait y penser et surtout se donner les moyens de parvenir au niveau qu’il a réussi à atteindre. Faire accepter TF1 de s’allier à lui et de proposer des films Afros…chapeau !

Fati Niang et son concept de food truck Black Spoon également est un modèle de réussite pour toutes les jeunes femmes afro-descendantes et qui n’osent pas se lancer. Il faut y aller, viser la lune. Qu’est ce qui pourrait nous arriver de pire ? Atteindre les étoiles ? C’est déjà le nirvana.

C’est quoi être Entrepreneur pour vous ? Quelle doit être la place de l’entrepreneur africain ici en Occident ?

On le sait tous, l’entreprise c’est le travail, l’organisation, les stratégies, les business plans, les nuits sans sommeil. Pour moi être entrepreneur c’est avant tout être passionné au point de s’acharner pour le projet auquel on croit. Attention, l’entrepreneur n’est pas infaillible au contraire, il doit savoir se nourrir de ses émotions, de ses peurs, de ses sensations afin de se démarquer des autres, c’est important. Avec tout ça, l’entrepreneur Africain doit en faire davantage pour véritablement émerger.

Nous avons énormément de jeunes entrepreneurs africains dynamiques en occident. Malheureusement très peu ont la chance de faire éclore leurs projets au grand jour soit par manque de financements soit par manque de visibilité. Aussi, je crois que l’une de nos responsabilités est de faire en sortes que nos pairs puissent à leur tour avoir ne serait-ce que la possibilité de présenter leurs idées et concepts. Nous devons nous unir et nous soutenir. J’invite donc tous ceux qui se retrouvent dans mes propos à rejoindre Diaspora Got Talent afin qu’ensemble nous puissions affirmer notre présence et nos positions en qualité d’entrepreneurs africains de la Diaspora.

La suite pour Géraldine Vovor, pour Diaspora Got Talent, pour l’Afro brunch ? Etc.

Désormais mon avenir est intimement lié à l’essor de #DGT et de ses projets. Je dirais donc que pour la suite nous voyons grand et sur le long terme. Nous voulons exporter nos projets, car la Diaspora Africaine ne se résume pas qu’à la France bien au contraire.  D’ailleurs, si des personnes sont intéressées qu’elles n’hésitent pas à nous contacter, nous sommes en train de constituer notre équipe, c’est ensemble que nous irons plus loin. Dans l’immédiat, j’invite tous les lecteurs de Kamita Mag à nous suivre sur nos réseaux sociaux et pour ceux qui sont sur Paris passez nous faire un coucou le dimanche 27 mars prochain lors de la deuxième édition de l’AfroBrunch By G. Édition Cameroun ! Sans oublier la prochaine élection Miss Côte d’Ivoire France le 14 mai 2016.

Pour finir, quelle est l’actualité qui vous a marqué ces dernières semaines ? Et le dernier livre que vous avez lu ?

Il y a tellement de choses qui se passent dans le monde de l’information. Je ne pratique pas la politique de l’autruche mais je choisis d’être marquée par les actualités positives et qui donne du boost. Pour ma part c’est le 3e Grammy Award d’Angélique Kidjo le 15 février dernier à Los Angeles. Que le monde entier reconnaisse son talent est rafraichissant et motivant.

En ce qui concerne les lectures, le dernier bouquin que j’ai lu (en réalité c’est une relecture) est « Le soleil des indépendances » d’Ahmadou Kourouma. La lecture pendant les études scolaires n’est pas la même une fois adulte. J’aime donc me replonger dans ces bouquins qui m’avaient déjà marquée plus jeune, ils m’apportent une nouvelle vision des choses et mon œil sur certains récits n’est plus le même.

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