Kamita Magazine

BanTu PeoPle : la marque africaine qui ambitionne séduire le monde

De jeunes entrepreneurs africains ont lancé une marque de vêtement mettant en lumière un grand peuple d’Afrique, les Bantus. BanTu PeoPle, du nom de la marque, un projet à encourager et qui fera très bientôt parler de lui.

BanTu PeoPle a vu le jour en septembre 2013 dans la capitale économique du Congo Brazzaville. Deux jeunes africains sont à l’origine de cette marque de vêtements. L’un, Paris Kina, de nationalité congolaise a dit : Bantu. L’autre, Jorès Noubissi, de nationalité camerounaise a répondu : People. Et c’est ainsi que s’est formé la marque Bantu People. Autrement dit, le peuple Bantu. Jorès Noubissi, ingénieur d’affaires et Paris Kina, responsable magasin sont ainsi partenaires dans cette belle aventure entrepreneuriale. Ils résident à Pointe-Noire au Congo-Brazza. Nous sommes allés à la rencontre de deux Afro’preneurs et visionnaires qui ont choisi de faire communier un modèle économique d’entreprise avec des valeurs symboliques et culturelles représentées par l’un des plus grands peuples d’Afrique, le peuple Bantu.

INTERVIEW

Vous avez créé une marque de vêtements : BanTu PeoPle. Quelle signification lui donnez-vous ?

Simplement, le nom de la marque est un appel au rassemblement. Nous voulons rassembler le peuple Bantu, lui rappeler ses origines, lui montrer sa valeur, lui demander d’être fier de lui, de sa culture et de ses icônes. BanTu PeoPle est une marque de vêtements qui vise la promotion et la valorisation du peuple Bantou : fier de ses origines et résolument tourné vers l’avenir.

Peut-on savoir quel est votre public cible ?

À long terme, notre ligne de vêtements vise toutes les populations de l’Afrique subsaharienne : allant des enfants aux adultes, en passant par les adolescents. Nous souhaitons que les parents montrent l’exemple à leurs enfants dès le plus bas âge. Bantus, nous le sommes. Bantus, nous en sommes fiers et nous n’avons rien à envier aux autres. Aujourd’hui la marque Bantu PeoPle n’a pas encore d’existence officielle, mais cela ne saurait tarder. Les débuts difficiles nous ont contraints à limiter nos objectifs dans un premier temps pour sortir de l’ombre et commencer à véhiculer notre message.

Vous parlez de débuts difficiles. Soyez plus précis

Les premières difficultés que nous avions rencontrées étaient financières, mais aujourd’hui nous limitons nous-mêmes nos investissements pour maitriser notre progression. Par la suite, il y a eu d’autres difficultés telles que :

– La production : un peu coûteuse au Cameroun. Ce qui ne nous permet pas de proposer nos produits à des prix très compétitifs

– Le placement : c’est peut-être faute de recherche, mais le constat est clair. Nous n’avons pas une boutique où exposer nos produits. Pour pallier à cela, nous livrons donc à domicile si nécessaire, mais notre clientèle a bien évidement du mal à grandir ?

– La communication : dans notre équipe, nous sommes tous ingénieurs. Il faut l’avouer, la communication n’est pas vraiment notre fort. Nous faisons de notre mieux avec nos connaissances, soutenus admirablement par ceux-là qui apprécient la marque Bantu People.

– L’exportation : il est rentable pour nous de produire au Cameroun. Cependant pour s’étendre à l’Afrique subsaharienne qui est notre principale cible, nous devons importer nos produits et c’est là que nous déplorons les douanes très couteuses, le manque de moyen de transport, l’absence de structure de transit dédiée à « tout le monde »

BanTu PeoPle : « Nous voulons rassembler le peuple Bantu, lui rappeler ses origines, lui montrer sa valeur, lui demander d’être fier de lui, de sa culture et de ses icône »

Peut-on dire que BanTu PeoPle est une économie philosophique ou plutôt une philosophie économique ? Si rien des deux, comment définiriez-vous ce concept qui mêle à la fois l’aspect économique et la valorisation de patrimoines culturels et identitaires ?

Je vous remercie pour cette question pertinente. Vous l’avez si bien dit, BanTu PeoPle est une philosophie économique. Je m’explique : pourquoi devrions-nous par fatalisme porter un t-shirt d’une grande marque ? Certes la qualité est bien présente, nous en convenons. Au-delà de ce critère par contre il faut le dire avec franchise, c’est davantage par suivisme que le consommateur adhère très souvent à ces « grandes » marques. Du moins, c’est mon point de vue. Je peux dire des bêtises mais c’est ce que je pense réellement.

Avec la marque BanTu PeoPle, nous voulons bâtir notre modèle économique sur la valorisation de ce que nous sommes. Nous ne souhaitons pas que l’on achète nos t-shirts simplement parce qu’ils sont tendances, à la mode ou mis en valeur par des stars du Show-business. Avec énergie, fermeté et sincérité, nous disons Non ! Et oui, nous aimerions que chaque personne qui achète un de nos t-shirts soit simplement fier de le porter et d’assumer le message qu’il véhicule. La fierté d’être africain, la fierté peut-être d’appartenir, pour ceux dont ce serait le cas, au grand Peuple Bantu.

On constate de plus en plus l’éclosion d’un fort entrepreneuriat africain. Peut-être n’est-ce même pas une réelle nouveauté, sûrement que cela a toujours existé depuis longtemps. Mais de nos jours la médiatisation sur les entrepreneurs africains a un plus grand retentissement médiatique. Votre opinion sur ce point ?

Ce constat est vrai, même si ce n’est pas une nouveauté. L’une des raisons qui expliquerait qu’on entende de plus en plus parler d’entrepreneuriat africain peut se justifier par l’avènement et le grand boum informatique. Aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux et à internet, les entrepreneurs africains ont plus de facilités à la visibilité. C’est vraiment bénéfique. Voir d’autres aller de l’avant, ça motive, ça cultive, ça permet de faire des rencontres, des échanges, des partages. Cas concret sur notre équipe. Moi j’ai eu une idée, pourtant je ne suis ni styliste, ni designer, ni commercial. J’ai juste eu la chance d’avoir une bonne connexion internet.

Les vrais personnes méritantes sont ces africains qui s’exportent au-delà de leur frontière qui sont mes commerciaux, mes designers. C’est grâce à eux que mes idées sur des bouts de papiers deviennent des vêtements dans des vitrines. Aujourd’hui BanTu PeoPle couvre 3 pays d’Afrique centrale et la Russie. Je profite également pour vous remercier de l’opportunité que vous nous offrez par cette visibilté. Je sais que pour nous, l’aventure ne fait que commencer. Ensemble, nous dépasserons les difficultés rencontrées dans nos différents pays et réussirons à concrétiser nos projets.

Aux Etats-Unis, Daymond John s’est démarqué parmi les premiers Noirs à s’inscrire dans une démarche économique identitaire par sa marque Fubu : For Us By Us. Avez-vous d’autres exemples sur lesquels vous vous êtes appuyés ?

Oui et particulièrement dans mon pays le Cameroun. Nous avons l’artiste rappeur Stanley Enow avec ses t-shirts Motherland. J’ai même acheté une autre marque de ses vêtement : « Hein Père ». De même, nous avons la chaine de restaurant camerounaise : Tchop et Yamo qui met en avant le Fast Food à la camerounaise.

Si l’on devrait vous souhaiter quelque chose…

Que dire d’autres sinon beaucoup de courage et de détermination pour continuer à porter ce message : « Je suis un Bantou, fier de mes Origines et résolument tourné vers mon avenir »

Quels sont les projets à venir de la marque BanTu PeoPle ?

Pour l’avenir, BanTu PeoPle a beaucoup de projets. je vais tout d’abord évoquer ceux de l’année 2016 :

– Une meilleure visibilité sur les réseaux sociaux : rendre ainsi plus dynamique notre page Facebook et mettre en place notre page Instagram.

– Développer notre site internet et mettre sur pied un système de commande en ligne plus adapté au marché africain.

– Participer à des évènements culturels et donner plus de visibilité à notre marque.

– Diversifier nos produits et surprendre le public

À long terme, nous souhaitons voir au-delà du t-shirt et exploiter les tissus africains dans nos articles.

Pour finir, quel est le dernier livre que vous avez lu, et votre citation préférée ?

J’avoue, le dernier livre que j’ai lu c’est : « Revenge Porn » de Nathalie Koah, le 04 février 2016. La citation préférée se trouve dans les propos de « qui tu sais » vers la fin du livre : « Ne baisse pas les bras ».

Je concluerai par ces quelques mots. Mettre sur pied cette marque de vêtement n’a pas été facile et c’est la détermination qui nous a permis d’arriver jusque-là. Je remercie tous ceux qui de près ou de loin nous encourage dans ce projet, particulièrement la Team BanTu : Marius Boundjike, Franklin Sinko, Patrick Mgba et Carelle Fegue.

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Commentaires

Ralf Touomi

La passion de l'écriture m'a mené vers le journalisme. Le journalisme a guidé mes pas vers le militantisme associatif. Aujourd'hui, ma plume porte un engagement citoyen, panafricain et social.

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