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Politique : comprendre le fiasco des Journées de l’Afrique 2016 du Parti Socialiste à Bruxelles

Il faut se rendre à l’évidence, l’événement « les Journées de l’Afrique » version 2016, a totalement déchanté.

N’allez pas le leur dire à nos chers, élus, surtout les « grosses têtes » du Parti Socialiste. Ils et elles arboraient tous un large sourire au terme de l’événement du samedi 23 avril 2016, « Les Journées de l’Afrique ». Tout était beau, tout était magnifique, tout était extraordinaire. Les réseaux sociaux sont le principal terrain de jeu où l’on a pu suivre la valse ténébreuse animée par les nombreuses photos illustrant ce jour unique du calendrier belgo-socialiste. Je suis beau, je suis belle, sourions, bras dessus, bras dessous.

C’était bien sympathique tous ces nombreux clichés qui avaient pour but d’immortaliser un événement qui voulait être la réponse « tant » attendue des politiques du Parti Socialiste francophone aux communautés africaines de Bruxelles. Cependant, est-ce le fait d’un manque criard de remise en cause, d’introspection ou d’aveuglerie décomplexée qui continue de guider l’ensemble de ceux qui sont aux manettes du pouvoir politique en général ? Particulièrement pour le cas du Parti Socialiste, comment comprendre qu’après 4 éditions qui avaient pourtant pour but de tirer la sonnette d’alarme, l’on en arrive à une 5ème illustrant le même vide. Une fois de plus, une Journée de l’Afrique… sans les Africains !

De la nécessité à redessiner la signification de « Culture » lorsqu’il s’agit d’un public Africain

Cela vaut-il encore la peine de le dénoncer ? Ou bien devrions-nous suivre l’adage qui dit que la répétition est la mère de toutes les sciences. Car en effet, au vu du déroulement des événements qui ont eu lieu ce 23 avril 2016, on a du mal à croire que les politiques PS pourtant tous aussi intelligents les uns que les autres ne sont toujours pas arrivés à positionner clairement la communauté afro-bruxelloise dans un contexte autre que celui du folklore. J’entends déjà des voix rétorquer : « 3 ateliers de discussion ont eu lieu ». En effet, 3 ateliers de discussion ont bel et bien eu lieu. Mais la mise sur pied de ces ateliers avait-elle un objectif clair d’informer l’ensemble ? Combien ont participé à ces trois ateliers qui avaient lieu au même moment ?

Oui, c’est bien d’avoir pensé associer la réflexion à la Culture Africaine. Cependant, pour quel but ? Qui a concrètement été touché ? Très peu de monde. D’autant que le public en général a répondu en grande majorité absent, selon de nombreux témoignages de personnes qui ont été présentes durant les dernières éditions. Que dire aussi de cette hypocrisie d’une organisation « Journées de l’Afrique » sans mettre en lumière les têtes africaines du Parti Socialiste qui ont oeuvré en coulisse à la mise sur pied de cette organisation. Comment comprendre qu’une Échevine africaine se retrouve à ne jouer que le rôle de « rapporteur » dans un atelier ? Pourtant cette journée aurait dû servir de mise en lumière à tous les niveaux de l’ensemble des forces vives africaines du PS.

« Le folklore n’a de but que de plaire, de divertir, de faire connaitre une chose sans aller dans la prodonfeur, se contentant des apparats de surface pour accrocher au maximum. Le folklore, lorsqu’il est exercé, ne cherchera pas à emmener le « spectateur » dans les profondeurs de la compréhension. Dans les communautés africaines hors d’Afrique nous faisons beaucoup de folklore et très peu de culture. Si nous voulions vraiment faire de la Culture, nous utiliserions beaucoup plus les autres vecteurs et nous ferions tout ce qu’il faut pour, d’abord, la connaissance et la maitrise du paragidme de la part des membres de la communauté ». Extrait de l’analyse comparative de l’écrivain congolais Momi M’Buze, sur les notions Culture et folklore.

Ne nous égarons pas. Ce qui est dénoncé aujourd’hui pour le Parti Socialiste vaut également pour les autres partis politiques belges. Ces événements concoctés de toute pièce sous le couvert folklorique laissent un goût quelque peu amer surtout lorsque la communauté, pour le cas d’espèce, s’avère être celle africaine-subsaharienne. Comment comprendre que l’essentiel de ces élus pilotant le navire Belgique depuis des décennies avec leur différentes politiques à l’endroit des expatriés africains, de plus en plus pointés du doigt sous la douce appellation « Migrants », puissent vouloir en une journée démontrer tout l’amour porté à l’endroit de ces mêmes communautés stigmatisées. Il s’agit de combattre l’immigration illégale », nous disait-on. Soit ! L’on aurait donc pensé que l’immigration « légale » serait à l’abri des politiques stigmatisantes. Posons la question aux expatriés étudiants africains, ils ont certainement de belles histoires à raconter sur le sujet.

Quid de la responsabilité africaine dans cet amalgame et ces stéréotypes qui lui sont continuellement collés ?

Après l’émotion de la dénonciation, vient le moment de l’introspection. Suffit-il juste à montrer du doigt un parti politique et critiquer son choix d’organisation ? Que doit-on réellement attendre d’un parti politique belge ? Est-ce de son devoir de célébrer la Culture Africaine, dans l’unique but de faire plaisir aux bons petits africains ? Illustration par la ministre Laurette Onkelinx : « Vous l’avez demandée… On vous a entendus ! Vous l’aurez votre Maison de l’Afrique ». Autrement dit : « Africains, on vous aime ! Et comme vous l’avez EXPRESSÉMENT demandé, nous vous OFFRONS une Maison de l’Afrique ».

Ces propos sont interpellants. Mais qui peut bien avoir demandé spécifiquement à un parti politique la construction d’une Maison devant servir de rassemblement d’une communauté précise ? Derrière la bonne intention probable de la ministre, se cachent des modes de pensée désuets que la Génération actuelle de jeunes africains engagés souhaite déconstruire.

Parlant de ces modes de pensées, il s’agit d’une part de la position occidentale : On vous donne, on vous offre, on vous écoute, on vous fait plaisir, on est sensible à vos demandes « d’aide ». D’autre part de la position africaine : aidez-nous, donnez-nous, écoutez nos cris de détresse, regardez-nous, etc. Bref ! L’un qui domine, l’autre qui subit. Ces modes de pensée dépassés qui continuent d’être véhiculées dans ces « Journées de l’Afrique » organisées par tous partis politiques confondus ! Pour être respectée, n’est-ce pas le rôle d’une communauté de s’organiser entre tous ses membres qui la constituent et aboutir à un financement autonome qui permette de se placer plus tard, fièrement devant des élus communaux et dire : nous voulons être propriétaire d’un bien immobilier. Ca, c’est du réel. Il ne s’agit pas de l’art du show !

Las de toujours jouer les éternels révoltés. Tant que les communautés africaines-subsahariennes ne seront pas dans une réelle démarche d’autonomie financière et économique, elles seront toujours dirigées là où elles ne veulent pas. La gageure consite à se construire de manière conjointe pour montrer aux différents partis politiques du pays d’accueil que si nous pouvons venir vers eux, nous le ferons avec cette crédibilité établie d’un modèle économique autonome. En d’autres termes : à quand une Journée de l’Afrique tout simplement organisée par les Africains, société civile et de tous partis politiques confondus. Sortir enfin des pièges politisés, se prendre la main et bâtir une réelle Communauté Unie et Unique !

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Mama Ayaba