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Point de vue : Patrice Nziansè « l’entrepreneuriat Afro peine-t-il véritablement à prendre son essor ? »

 La communauté africaine francophone découvre depuis moins de 5 ans un intérêt croissant pour l’entrepreneuriat en Afrique ou vers l’Afrique. Vous continuez à vous questionner sur les raisons d’un tel retard ? C’est une analyse de Patrice Nziansè!

Il était temps ! Après 57 ans de dite indépendance de nos enclos coloniaux ou encore à 169 ans de la fin de l’esclavage des africains déportés des Antilles, qu’on se mette enfin à envisager  la création d’une économie. Pour autant, elle ne semble pas encore prendre et j’en ai ma petite idée .

Nous avons une jeunesse africaine (d’origine ou afro descendante) extrêmement dynamique, bien éduquée, qu’on retrouve dans toutes les catégories et secteurs d’activité même les plus improbables, qui manie le plus souvent plusieurs langues occidentales, orientales ou asiatiques en plus des leurs en même temps, et repartie partout dans le monde. Dans bien des domaines, la communauté Africaine francophone diplômée est d’un niveau de compétence souvent supérieur à beaucoup d’autres ou des français dit de souche, pris individuellement . Mais alors pourquoi la mayonnaise ne prend-t-elle encore pas véritablement ?

En ne favorisant pas sa base communautaire, la Communauté Africaine s’est affaiblie elle même

L’une des raisons que je vais développer, car il n’y en plusieurs, est que l’on ne bâtit pas une maison sur du sable. Concrètement, nous n’avons pas défini notre marché, ni mis de contour à ce marché et encore moins institué des règles et une réglementation interne . Nous délaissons nos marchés potentiels à d’autres, nous ne savons pas défendre le peu qui existe pour en faire des secteurs prospères. La France quant à elle a une culture assimilationniste, mais ni sur le Continent ni sur nos Iles des Antilles, elle ne nous empêche de nous organiser en Communauté Economique ou de privilégier notre communauté, ou tout enclos coloniale confondus.

La France ne nous empêche pas de favoriser nos propres fournisseurs ou circuit de distributions dès lors que nous respectons leurs normes de sécurité et payons leurs taxes. En ne favorisant pas sa base communautaire, la Communauté Africaine s’est affaiblie elle même et surtout ne se donne pas de légitimité naturelle auprès des autres d’exclusivités ou d’expertises incontournables dans les domaines qu’elle aurait choisies d’exceller. La communauté Afro en général donne même l’impression de toujours vouloir bouffer dans la gamelle des autres sans avoir rien à proposer d’ingénieux.

L’universalisme insipide des cultures « Black ». A force de vouloir toucher tout le monde, la Communauté Afro a perdu la main sur son business

Il est parfois affligeant de voir comment les communautés d’ascendances africaines ne se donnent pas les moyens et l’exigence suffisante pour offrir de la qualité dans le service ou le produit. L’excellence parmi les nôtres n’est parfois pas assez mise en avant. Chaque entrepreneur africain (d’origine comme afro descendant) doit comprendre que son succès sur la durée passe par la maîtrise de sa Base. Si tu ignores ta base et que tu n’arrives pas à y créer ton autonomie, ton entreprise est vouée à vivoter au détriment d’autres Communautés qui se passeront de toi rapidement dès lors qu’elles auront trouvé une alternative à ta présence. Et dites-vous bien que là, ce n’est pas du racisme !

Le secret d’une économie forte est celui d’une économie où l’argent circule le plus longtemps possible à l’intérieur de cette communauté avant d’en sortir définitivement. C’est un phénomène dont on peut percevoir la réalité dans la Musique par exemple… où toujours sans racisme aucun, on se rend compte que des cultures à la base très « Black » se sont diluées en quelque chose d’universaliste insipide dont on n’a plus la maîtrise. A force de vouloir toucher tout le monde, la Communauté Afro a perdu la main sur son Business.

Nous n’avons plus d’excuses à nos échecs

J’aime à prendre l’exemple des Mangas, bandes dessinées japonaises, qui sont d’abord un produit pour les Japonais, fait par les Japonais. Un volume de productions extraordinaires, une maîtrise parfaite de leur réseau de diffusion vidéo ou éditorial… une vrai industrie dont ils n’ont laissé la main à quiconque. Ils ont su imposer leur imaginaire et leur type de narration. Le Manga touche tous les domaines de la politique, de la science fiction aux sujets les plus osés. Une qualité et une excellence toujours croissante. Ils n’ont attendu personne ni la validation de qui que ce soit pour s’organiser, fabriquer et distribuer. Leur succès provient d’abord de leur Base. Avant d’aller vouloir conquérir le Monde, ils ont crée leur propre industrie et identifié leurs besoins ; puis répondent aux attentes de leur public local avant tout. Leur marché est le meilleur banc de test !

Avec un marché de 800 millions d’africains francophones répartis en Afrique, en France Métropolitaine et Outre-Mer, nous n’avons plus d’excuses à nos échecs sauf celui d’un manque d’organisation volontaire. Lors d’une conférence du professeur Nicolas Agbohou , un très grand économiste ivoirien, une participante lui demande d’une voix tremblante : « Mais que pouvons-nous faire pour l’Afrique ? » Il lui répondit simplement « Tout !! » … Tout est a faire, car la Base n’existe pas.

Il faut bien se le dire, pas de réussite et de respect pour les Africains tant que l’Afrique ne s’occupera pas d’elle même avant, quelles que soient les difficultés économiques et politiques qu’elle connaîtra.

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Mama Ayaba