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L’incroyable histoire d’Eugène BULLARD : héros méconnu, le 1er pilote Noir américain

Il est sans doute le plus Français des Américains. Né le 9 octobre 1895 en Géorgie (Etats-Unis), Eugène Bullard est le septième d’une fratrie de dix enfants. Son père, William O. Bullard, marié à Josephine Thomas, d’origine indienne (Creek), était le fils d’un esclave d’un planteur de coton.

Fils d’un esclave planteur de coton, Eugène Bullard est né en Géorgie, en 1895. Après la mort de sa mère et la tentative de lynchage de son père, Eugène quitte le foyer familial, avec l’intention de venir en France, pays où « l’homme est jugé par son mérite et non sur la couleur de sa peau ». En 1912, il parvient à embarquer sur un bateau allemand en partance pour l’Ecosse. En Grande-Bretagne, il enchaîne les petits boulots et travaillera notamment comme cible vivante pour les spectacles de Music Hall à Liverpool. En parallèle, il apprend à boxer et entame une série de combats, à Londres, puis en Afrique du Nord.

A l’occasion d’un combat contre Georges Foret, en 1913, il gagne enfin la France. Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, il s’engage dans la Légion étrangère, au sein de laquelle il prend part aux combats d’Artois, de Champagne et de Verdun. Blessé à deux reprises en 1916, il se voit remettre la Croix de guerre pour bravoure. Mais il est dans le même temps déclaré inapte à servir dans l’infanterie. Il décide alors d’apprendre à piloter.

Après sa formation, il est affecté à l’escadrille La Fayette, une unité sous commandement français, composée de volontaires américains qui n’ont pas attendu l’entrée en guerre de leur pays d’origine pour se battre contre l’armée allemande. Dès lors, le premier pilote de chasse de couleur noire de l’histoire accomplit, avec son escadrille, une vingtaine de missions à bord de son avion dont le fuselage est orné de la devise « All blood runs red » (Tout sang coule rouge), et avec lequel, il abat deux avions ennemis. Une victoire qui lui vaudra le surnom « d’Hirondelle noire de la mort ». En août1917, lors de l’entrée en guerre des États-Unis, l’United States Army Air Service recrute les Américains servant dans le Lafayette Flying Corps mais Bullard est refusé à cause de sa couleur de peau.

Démobilisé le 24 octobre 1919, il reprend la boxe et joue du jazz à Paris. Plus tard, il ouvrira son propre établissement L’Escadrille et dirigera une salle de boxe. En 1939, maîtrisant la langue de Goethe, il accepte de collaborer avec les services d’espionnage français pour surveiller les agents allemands qui fréquentent son club parisien. Un an plus tard, et alors que les troupes nazies prennent l’avantage sur les forces françaises, il fuit Paris avec ses deux filles pour gagner Orléans. Là, il se joint à un groupe de soldats décidés à défendre la ville. Mais au cours des combats, il est touché par un éclat d’obus à la colonne vertébrale.

Il est finalement évacué vers les États-Unis, où il est hospitalisé mais il ne se remettra pas complètement de sa blessure. Pour survivre, il exerce plusieurs métiers, dont celui de vendeur de parfums, agent de sécurité et même musicien de Louis Armstrong. En 1959, alors qu’il est opérateur d’ascenseur au Rockefeller Center, Bullard est décoré de la Légion d’honneur par le consul français à New York.

Pourtant, c’est dans la pauvreté, la solitude et l’anonymat qu’il décède, le 12 octobre 1961, des suites d’une longue maladie. Il est alors inhumé au cimetière de Flushing, dans le Queen, avec son uniforme de légionnaire. Les honneurs militaires lui seront rendus par des officiers français. Il faudra attendre 1994 pour que ses mérites soient enfin reconnus par sa patrie d’origine : le 23 août de cette même année, il est promu, à titre posthume, au grade de sous-lieutenant.

Le Général De Gaulle l’a décoré de la Légion d’Honneur en 1959 mais il faudra attendre 1994 pour que sa patrie d’origine reconnaisse ses mérites et qu’il soit promu au grade de sous-lieutenant, à titre posthume.

Source : France 3 Bourgogne

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Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis lors, est née ma mission de contribuer à la création de véritables ponts entre l'Afrique, les Diasporas Africaines et les Afrodescendants Ultra-marins. Kamita Magazine est l'outil média qui apporte sa pierre à cet engagement personnel.

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