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Les Gauchers, mis au ban de l’école ? Témoignage bouleversant d’une enseignante en Belgique

« Avant d’être enseignante, je ne savais pas qu’il existait des ciseaux pour gauchers. Je ne m’étais pas rendue compte à quel point était-ce important d’avoir des ciseaux adaptés à chacun », révèle Sarra Mouny sur les réseaux sociaux. Elle nous livre son témoignage sur une situation vécue avec ses élèves.

Hier, j’ai emprunté les ciseaux de l’élève la plus proche de mon desk pour couper un bordereau… Je ne comprenais pas, je galérais. Mon élève s’est excusée : « pardon Madame, ce sont des ciseaux pour gauchers ! « . Puis, sa voisine m’a directement proposé de me prêter les siens. J’ai refusé.

Je voulais aller au bout, ressentir ce que ressentent les gauchers qui sont obligés d’utiliser tous les jours, du matériel non adapté.

On n’est jamais à la place des autres…

Il faut dire qu’avant ma fracture du genou il y a quelques années, je ne savais pas que les escalateurs fonctionnaient une fois sur quatre, que certaines gares n’ont pas d’ascenseurs à quai, que les ascenseurs sont souvent en panne, que les boutiques sont très souvent inaccessibles aux handicapés, etc. C’est cette fracture qui a suscité par ailleurs mon engagement auprès des camps pour handicapés moteurs auprès de qui je vois le monde différemment.

Lire aussi : les gauchers, laissés pour compte dans un monde de droitiers, même à l’école

Ce matin, je suis sur le quai de la gare, j’attends mon train avec un monsieur aveugle et son chien d’assistance. Moi je vois, lui non.

« Je comprends » est une phrase extrêmement prétentieuse que nous disons souvent aux autres, quand nous ne leur reprochons pas d’être trop émotifs, faibles, plaintifs, etc.

On n’est jamais à la place de celui qui perd son enfant, son parent, son emploi, son conjoint, sa santé. On n’est jamais à la place d’un gay, d’un arabo-musulman, d’un arabe chrétien, d’un juif, d’un noir, d’un parent de terroriste, d’un parent de pédophile, d’un trisomique, d’un albinos, d’une personne violée, volée, harcelée, d’un parent seul, d’un parent qui ne peut pas voir ses enfants, d’un exilé, d’un survivant du Sahara et de la méditerranée, d’un survivant de la Syrie, dun jeune sans emploi et sans espoir, etc.

On n’est jamais à la place des autres jusqu’à ce qu’on soit concerné dans notre chair. Alors si nous pouvions juste écouter, tenir la main et montrer de l’empathie, ne rien dire quelques fois, juste être là, ce serait déjà bien (…)

Commentaires

Ralf Touomi

Diplômé en journalisme, j'ai fait la rencontre des Antilles en 2012 en découvrant notamment la Martinique. Depuis lors, est née ma mission de contribuer à la création de véritables ponts entre l'Afrique, les Diasporas Africaines et les Afrodescendants Ultra-marins. Kamita Magazine est l'outil média qui apporte sa pierre à cet engagement personnel.

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