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Docu: Le Monde entier rend hommage à la Légende, Manu Dibango !

Le monde musical est en deuil car il pleure le grand Manu! Après plusieurs jours de lutte face au coronavirus, le célèbre artiste musicien et saxophoniste franco-camerounais Manu Dibango s’est éteint ce mardi 24 mars 2020, à l’âge de 86 ans dans un hôpital de Melun, en région parisienne(France). Depuis l’annonce de sa mort, les hommages se multiplient pour saluer la mémoire de l’illustre disparu, le génie dans son domaine et le vétéran des musiciens africains en France.

La nouvelle de la disparition de la star planétaire Manu Dibango a été confirmée par sa famille ainsi que Thierry Durepaire, le gérant des éditions musicales de l’artiste franco-camerounais. Plus connu sous le nom de  « Manu Dibango »,  Emmanuel Ndjoké Dibango est né d’une mère couturière et d’un père fonctionnaire, le 12 décembre 1933, à Douala(Cameroun). A l’âge de 15 ans, son père l’envoie en France pour suivre ses études. Après vingt et un jours de traversée, le jeune garçon arrive finalement à Marseille, une autre ville française avant de rejoindre sa famille d’accueil à Saint-Calais (Sarthe).

Trois kilos de café

Dans ses valises, logeaient trois kilos de café qui l’aideront à payer ses hôtes son premier mois de pension. C’est suite à cette expérience qu’il l’aimait raconter en anecdote, Manu Dibango écrit son premier livre autobiographie en collaboration avec Daniel Rouard. Ce livre va s’intituler «Trois kilos de café (Lieu commun, 1989)». Il ne s’arrête pas là , l’artiste qui utilise comme instrument magique le saxophone, décide plus tard d’écrire une seconde oeuvre littéraire, « Balade en saxo, dans les coulisses de la vie ».

L’artiste musicien avait notamment composé l’hymne de la Coupe d’Afrique des Nations en 1972, ce grand événement du continent africain, organisée par le Cameroun, son pays d’origine. C’est également à l’occasion de cette compétition qu’il réalise un tube le plus célèbre, « Soul Makossa ». Ce morceau inspire également le célèbre artiste américain Michael Jackson pour son titre « Wanna Be Start in Sometin » sur l’album  « Thriller »(1982) et aussi       « Don’t Stop The Music, extrait de l’album « Good Girl Gone Bad »(2007), qui a intégré une partie du titre originel s’ensuivra un procès, puis un accord financier dans les deux cas, rappelle Inrockuptibles.com.

Plusieurs récompenses

Considéré comme le précurseur de la musique africaine »moderne », il reçoit en mars 1986 la médaille des Arts et des Lettres par le Ministre de la Culture français, Jack Lang. En 1993 , il est récompensé par la victoire du meilleur album de musique de variétés instrumentales de l’année 1992(France) pour le deuxième volume des « Négropolitaines » , souligne AfricaNews.  En mai 2004 , Manu Dibango est nommé Artiste de l’Unesco pour la paix. Honoré en février 2017 d’un lifetime Award pour l’ensemble de sa carrière qui lui est remis à la cérémonie des Afrima(All Africa Music Awards)organisée au Nigéria, Manu Dibango participe peu après au festival international de Jazz du Cap en Afrique du Sud où il collabore avec le saxophoniste mozambicain Moreira Chonguica.

 

Table ronde de Bruxelles

Parmi les moments importants de sa vie:En 1960,Manu Dibango rencontre Joseph Kabasele  « Grand Kallé », fondateur de l’ochestre « African Jazz » et père de la Rumba congolaise moderne; au moment ou les congolais négocient leur indépendance à la Table Ronde de Bruxelles avec les autorités belges. Ce dernier était venu avec Patrice Emery Lumumba, premier ministre du Congo-Belge.

Joseph Kabasele avait besoin d’un saxophoniste, le sien étant malade. Le destin de ce jeune artiste passe par là : Manu Dibango participe avec brio dans la chanson historique « Indépendance Tcha-Tcha » , c’est la célébration de l’indépendance du Congo et aussi le premier tube panafricain. De là est né son amour et son attachement au Congo – Belge mais aussi il a été engagé par Joseph Kabasele qui l’emmène à Léopoldville, l’actuel Kinshasa(Capitale de la RDCongo).

Ce voyage lui permet de renouer avec l’Afrique, il reste quatre ans sur le continent africain, montant des groupes dans les boites de Kinshasa, Douala (sa ville natale), Yaoundé au Cameroun. A son retour en France , il croise le chanteur Nino Ferrer qui est en plein succès et qui lui ouvre de nouvelles portes. « Nino Ferrer me permet de me faire connaitre aux médias français», explique Manu Dibango avec son rire célèbre et son crâne luisant. Il  se revendique comme « un musicien généraliste pas spécialiste ,épicurien d’abord »…. il apparaissait là où personne ne l’attendait, décrit la radio France international.

Le jazzman camerounais était également considéré comme le parrain de la scène musicale africaine qui s’est développée à Paris à partir des années 60 puis à la lumière à partir des années 80, poursuit la RFI.

Un immense musicien

«Manu Dibango était un immense musicien du XXème siècle», déclare l’ex-producteur Yves Bigot qui était devenu très proche du musicien.

Pour Thomas Billé, un autre ami du musicien et son plus vieux copain depuis l’école primaire à Douala(Cameroun),il déclare avec beaucoup de tristesse sur le Parisien(média français): «Je perds plus qu’un ami , un frère…»avant de conclure:«Parti comme il était parti, il n’y avait pas de raison qu’il ne soit pas centenaire. Souffler dans un saxo à son âge, il fallait avoir la santé ».

Une pluie d’hommage

Plusieurs personnalités se sont également exprimées pour rendre hommage à l’artiste Manu Dibangu. De Youssou N’dour aux membres de son orchestre en passant par la Commission européenne et la star du football internationale Samuel Eto’o, tous soulignent l’apport de ce « lion indomptable» à la musique africaine.

« Manu Dibango, c’est papa légende. Il appartient à tous les pays d’Afrique. Il n’est pas seulement Camerounais. C’est un Congolais, il est aussi Ivoirien, souligne Koffi Olomidé, une autre légende de la musique africaine. C’est un panafricain, c’est monsieur Afrique » conclut le Patron du quartier latin sur la Radio France Internationale.

En ce qui concerne Youssou N’dour, chanteur sénégalais, il raconte avec beaucoup de regrets que c’est une énorme perte pour l’humanité. Pour la star internationale congolaise Fally Ipupa, il publie sur ses réseaux sociaux en précisant que le grand Manu était un baobab : «c’est un baobab qui vient de tomber alors que le worldmusic avait encore besoin de lui et les artistes -musiciens voulaient beaucoup apprendre de lui». Le natif de Kinshasa poursuit son hommage en ces termes: «Le Makossa (style de musique de Manu) est orphelin, ton saxo avec une touche particulière nous manquera….RIP Papa, grand-frère, grand-père Manu Dibango ».

Guitariste , grand pianiste puis compositeur congolais , Raymond Lema A’nsi Nzinda (dit Ray Lem)rend également un vibrant hommage à celui qu’il a accompagné plusieurs fois sur scène: «Les mots me manquent pour exprimer ma profonde tristesse et ma profonde douleur. Toutes mes condoléances à sa famille. Va en paix mon Grand» écrit l’un des grands instrumentistes de la RDCongo.

 

Une grande figure artistique

La star camerounaise Samuel Eto’o a aussi eu une grande pensée avec «le grand Manu». Pour lui , Manu Dibango était un homme fort, courageux et disponible de s’en aller. L’ancien buteur du FC Barcelone continue en disant que le parcours de celui qu’il appelle affectueusement «Papa», force admiration et respect.

Pour Antoinette – M’buy Muliel qui réside en Belgique et passionnée de la musique internationale, explique que Manu Dibango reste une grande figure artistique :«Mon plus grand témoignage que j’ai pour cette «Icône» de la musique internationale, c’est de se retrouver lors de soirées festives de la table ronde aux côtés de grands artistes congolais , comme Kallé- Jeff , Izeidi Monkoy , Pascal Tabu Ley(Père du célèbre rappeur français Youssoupha)», avant de conclure: «Invités par les politiciens congolais réunis à Bruxelles lors de la table ronde, African Jazz de Joseph Kabasele entonne le célèbre titre  » indépendance « Tcha-Tcha »,qui reste l’un des hymnes nationales des indépendances africaines!».

Selon le mélomane Niassy M’buy , il est un précurseur de «la world music»: «À chaque fois que j’écoute Manu Dibango, c’est du jazz hors pair. Il est effectivement le précurseur de la  » world music » et le saxophoniste qui m’a le plus marqué. Michael Jackson, le Roi du pop, nous a confirmé que ce camerounais-là, était un génie en assaisonnant du « makossa » durant quelques secondes dans l’une de ses chansons qui finit par trôner les hit-parades».

Avec le coronavirus qui sévit dans le monde entier, Manu Dibango sera enterré vendredi 27 mars 2020, au cimetière du Père-La chaise(France) en présence de ses proches… Une grande perte pour la musique camerounaise, africaine et surtout internationale, Que son âme repose en paix!

La carrière de Manu Dibango en quelques dates , selon le monde.fr

12 décembre 1933 : Naissance à Douala (Cameroun).
1949 : Arrivée en France.
1972 : Premier album, « O Boso ».
1972 : « Soul Makossa » qui entre l’année suivante dans les classements américains.
1989 : Parution de « Trois kilos de café », sa première autobiographie.
2014 : Dernier album, « Balade en Saxo ».
2019 : Tournée des soixante ans de carrière.
24 mars 2020 : Mort à Paris.

 

 

 

Commentaires

Glodie Mungaba

Reporter à Stampmedia, un média flamand et Congoforum, Il est fier de ses années d’expérience dans la presse. Curieux et ouvert d’esprit, Il n’hésite pas à côtoyer différents professionnels des médias. Ces différentes rencontres constitueront pour lui l’élément déclencheur de son désir de bien écrire « le fait de côtoyer des spécialistes de la presse a suscité en moi le goût de faire et de bien faire ce métier ».

Mama Ayaba